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Un appartement comme une galerie...

Au pied de Montmartre, ce loft confortable et raffiné a été conçu sur mesure pour ses propriétaires qui aiment recevoir et vivre au milieu d’une importante collection de tableaux.

ZOOM

Cet ancien parking construit dans les années 30 a été réhabilité en logements, plus exactement en surfaces que le promoteur a laissé brutes, disponibles à l’imagination des acquéreurs. Autrefois installé dans un appartement de 200m2 d’un immeuble du XIXe siècle aménagé de façon très traditionnelle – cuisine “mouchoir de poche”, hall et pièces de réception –, le couple a choisi la formule “loft” pour préserver une impression d’espace dans ce nouvel appartement deux fois moins grand que le précédent. Schéma D. Lechaud

Cloison paravent, ce meuble en quatre éléments a été évidé en son centre pour ouvrir le regard sur le loft. Sa ligne en arc de cercle guide les pas de chaque côté. (Peintures et dessins de Joseph F.)

Canapés et table basse composent le coin salon qui peut accueillir facilement dix personnes. Sur le mur du fond, une grande toile de Paul Ackerman: “Femme dans la barque”.

Les portes coulissantes en MDF s’ouvrent sur les rangements pour la vaisselle et autres accessoires. La mise en couleur et les joints creux horizontaux animent la surface. Audessus du bahut, un tableau de Blais habille le verso de l’étagère du bureau.

Judicieusement placé sous la poutre maîtresse, le meuble cloison intègre de plus le poteau central de reprise. Au premier plan, le paravent principal côté bibliothèque, au fond à gauche le dos de la séparation en L de la chambre. Réalisés en MDF et Triply, socles stratifiés, montants en bois. Photo D. Alban

Devant le piano, le séjour prend ses aises. Quant à l’espace image et son (home cinéma de Panasonic), il est encadré par deux généreuses bibliothèques. Deux touches claires: les sièges Louis XVI recouverts d’une toile Rubelli.

La salle à manger est éclairée par une lumière de second jour, diffusée par les briques de verre “cul de bouteille” d’origine. Les trois renfoncements ont été habillés d’étagères lumineuses montées sur des tasseaux cachés. La table en laque a été recouverte d’une plaque de verre biseautée. Le parti pris d’alternance du brun et du blanc pour les sièges (Marco Polo) vient en écho aux teintes de la table et du plan de cuisine.

Le loft était à l’origine un vaste plateau d’un peu plus de 100 m2, éclairé par de hautes fenêtres juxtaposées sur toute une longueur et aveugle sur trois côtés, à l’exception de renfoncements en briques de verre. La hauteur de près de trois mètres était diminuée par les poutres en béton. Photo D. Alban

Au premier plan, l’îlot central ; au fond, une étagère en renfoncement sert de bibliothèque culinaire ; et au mur, le “Moulin de la Galette” de Joseph F. Cette oeuvre a été découverte au hasard du déménagement : c’est en préparant les tableaux de Joseph pour les faire encadrer qu’a été trouvée au dos d’une toile cette représentation du célèbre Moulin de la Galette… situé à quelques pas du nouvel appartement.

Distant de 80 cm de l’îlot central pour faciliter la circulation, un vaste placard est dédié au rangement des indispensables de la cuisine.

Une fois les portes coulissantes ouvertes, un espace réservé à la pâtisserie apparaît. Plan de travail en bois et petites étagères s’organisent pour que le nécessaire soit à portée de main.

Les portes pleines dissimulent la chaudière et les alimentations. Le mobilier de cuisine en verre et aluminium intègre le four, le réfrigérateur congélateur et des rangements. Elément central, le bloc préparation, cuisson et lavage, comporte des placards côté cuisine et côté repas.

Vue de la salle de bains, la chambre est simplement “fermée” par un meuble de 1,60 m de haut. Les oreillers s’adossent à une étagère qui fait office à la fois de tête de lit et de chevet.

La chambre vue côté fenêtre. La cloison meuble en L alterne cette fois horizontalement les couleurs. Une table pont coulissante (Ikea) sert, selon l’heure, de chevet ou encore de plan repas pour le petit-déjeuner.

La salle de bains évoque les voyages maritimes. L’aspect cabine est accentué par l’usage du bois exotique et par le hublot de la porte des toilettes. L’ensemble est habillé de panneaux de contreplaqué avec finition teck (Navirex Teck, 6 mm d’épaisseur). Extractible, le caillebotis dissimule l’évacuation de la douche.

    Une fois le loft trouvé, un architecte a pris le relais pour, après définition des exigences et en fonction d’un mode de vie, agencer le volume. Deux priorités : cuisine et convivialité. La propriétaire, excellente cuisinière, aime se mettre aux fourneaux, elle a donc tiré parti de ce changement de cadre pour satisfaire aux nécessités culinaires tout en profitant de la compagnie de ses invités. L’option cuisine ouverte était une clause non négociable. Sans doute pour oublier l’exiguïté de la kitchenette de leur ancien appartement, pourtant deux fois plus grand, elle avait choisi et commandé sa future cuisine avant même de prendre possession des lieux.

    Un autre impératif était la mise en valeur de l’importante collection de tableaux, collection rassemblée à partir d’oeuvres de famille –le peintre et sculpteur Paul Ackerman et le frère du propriétaire, Joseph qui, disparu accidentellement à 23 ans, a laissé derrière lui une oeuvre étonnamment riche. Le cahier des charges de l’architecte était simple mais exigeant : respecter l’art de vivre du couple dans une superficie divisée par deux. Démultiplier l’espace en créant des zones de vie fonctionnelles.

    Sol et plafond : technique et décoration
    L’architecte a dû gérer les contraintes structurelles existantes : les retombées importantes de l’ossature du bâtiment devaient être dissimulées pour éviter l’effet d’écrasement. Les poutres en béton armé se sont habillées de corniches à redents en staff, inspirées par les motifs de la façade sur rue. La lumière indirecte diffusée par des néons de différentes nuances colorées éclaire toute la surface de l’appartement laissée libre puisque le mobilier écran n’occupe pas toute la hauteur. L’habillage du plafond participe pleinement à l’organisation du volume. Il est traité en trois parties accentuant ainsi la distinction des espaces de vie. Un faux plafond plan est abaissé à deux mètres cinquante dans le hall et la cuisine, tandis que les dégagements en hauteur entre les poutres quadrillent l’appartement pour ordonner l’aménagement au sol : salle à manger, bureau, séjour, chambre et entrée.

    Après avoir penché pour un parquet en bois, le choix s’est finalement porté sur de grands carreaux (60 x 60 cm) en grès cérame gris clair. Sur la dalle d’origine, après pose de l’isolant et agrafage des tubes PER, une chape fibrée en béton allégé a été coulée, enrobant ainsi le circuit de chauffage. Le plancher diffuse uniformément chaleur ou fraîcheur par un dense réseau d’eau relié selon la température extérieure à la chaudière à gaz (De Dietrich) ou au groupe froid (Airwell).

    En complément, un grand radiateur sèche-serviettes (Vasco, type RCS HDM) a été installé dans chaque salle de bains.

    Aménager sans cloisonner
    Pour conjuguer la fluidité de l’espace et la nécessité de le structurer, l’architecte décicé d’aménager sans cloisonner, jouant sur la couleur et la lumière. Les seules cloisons “en dur” et les seules portes distribuent les pièces sanitaires. Pour le choix des couleurs, une palette de peintres, de Gauguin à Klein, plaisait aux maîtres d’ouvrage.

    Les quatre zones d’activité – séjour, chambre et salle de bains, bureau-chambre d’amis, salle à manger-cuisine – s’organisent autour de meubles et se structurent sous des “cieux” différenciés : les reliefs et volumes du plafond répondent symétriquement aux surfaces au sol. Comme dans les maisons chinoises, l’architecte a souhaité que l’on contourne un écran pour passer d’une zone à l’autre, supprimant ainsi tout chemin en ligne droite. Il a traité les meubles, placards et étagères, dans un parti pris de couleurs qui, composées par deux, s’alternent verticalement ou horizontalement.

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