Sylvie Fraud est propriétaire et gérante du Clos du Gusquel, une maison d’hôtes installée dans les bâtiments d’une ancienne laiterie en plein pays vannetais, en Bretagne. «En aucun cas, je ne souhaitais habiter dans une longère ! Je ne voulais surtout pas vivre dans une maison sombre.»
Elle explique pourquoi elle et son mari Xavier Fraud, architecte, à la recherche d’un ancien bâtiment à rénover pour en faire à la fois leur habitation et des chambres d’hôtes, ont opté pour l’ancienne étable d’un corps de ferme. «Nous cherchions un bâtiment procurant une grande capacité d’accueil, raconte-t-elle.
C’est ainsi que la maison de maître de cette ancienne exploitation agricole a trouvé nouvel acquéreur, laissant l’étable et les autres dépendances à Sylvie et son mari, heureux de pourvoir les transformer en habitations contemporaines.
Sur la façade est, les bardages noirs fixés uniquement au niveau de l’étage mettent en valeur, en partie basse, la pierre d’origine. Il s’harmonise avec la couverture en ardoises et crée l’unité avec la façade opposée. C’est de ce côté que l’on accède à l’habitation et à l’appartement réservé aux hôtes par deux portes autonomes dont les châssis fixes ont été vitrés afin d’éclairer l’entrée.
Le long mur de façade exposé à l’ouest (côté piscine), à ossature bois, est entièrement équipé de baies vitrées dans sa partie inférieure. Des poteaux IPN, masqués par des coffrages, viennent en consolider la structure. Toutes ces fenêtres grand format, qui offrent une vue dégagée sur le jardin et la piscine, sont des coulissants en aluminium à double vitrage : aucun d’entre eux n’est fixe!
Sur toute cette longueur vitrée, la seule partie fixe se détache visuellement de l’ensemble : il s’agit d’un panneau de couleur bleue, en matériau composite, utilisé habituellement en revêtement de façade d’immeuble collectif. Il fait écho au bleu de la piscine, mais aussi à d’autres panneaux de couleur qui décorent les façades des autres bâtiments de cette ancienne propriété agricole.
Côté ouest, pour créer une séparation esthétique entre la piscine et la pelouse, des échalas de schiste de taille irrégulière ont été fixés dans le sol, à la limite de la plage du bassin. Ils forment un élégant équilibre visuel à la fois avec le bardage noir posé verticalement en façade, et les pierres du bâtiment qui ne sont autres que du schiste, très courant dans la région.
Les travaux, dont la coordination a été confiée au cabinet Arcau Architectes, ont démarré en 2005 pour s’achever en 2006. L’état général de cette ancienne étable était inégal. Côté jardin et campagne, à l’ouest, la totalité du mur a dû être abattue et remplacée par une façade à ossature bois habillée de bardage, qui comporte une âme isolante de manière à assurer une bonne inertie thermique sans constituer une charge trop lourde.
Côté est, le mur de pierre, en partie basse, a été préservé et accueille aujourd’hui l’entrée de la maison, ainsi que celle de la partie réservée aux hôtes
Des portes à galandage (Scrigno) se camouflent entièrement à l’intérieur des cloisons. En totale discrétion, elles offrent la possibilité d’ouvrir au maximum les différents espaces. Au plafond, des plaques acoustiques décoratives atténuent la résonance due au sol en béton.
Amateurs d’art moderne et contemporain, les propriétaires ont utilisé la couleur par touches, comme des tableaux. Clin d’oeil au peintre Mondrian, les couleurs vives et primaires viennent ponctuer l’intérieur de la maison, comme les façades extérieures, sous la forme de murs-panneaux.
Dans le salon familial, une cloison en plaques de plâtre, peinte en jaune, marque l’identité de la pièce. Placée à 1 m du mur pignon, elle forme à son verso une zone de rangement comportant des rayonnages.
La façade vitrée apporte un maximum de lumière dans les différentes pièces de la maison tout au long de la journée. La nuit venue, des spots halogènes encastrés dans le plafond au-dessus «chemin», qui se différencie au sol par un revêtement en lames de bois, éclairent également la terrasse.
Organisée autour d’un îlot central, la cuisine sert de « sas » entre l’habitation privée et les chambres d’hôtes. Un grand placard toute hauteur, réalisé sur mesure et fermé par des portes coulissantes en verre sablé (Ikea), offre un grand volume de rangement.
L’îlot se compose de meubles à façades en mélaminé décor bois clair et d’un plan de travail en ardoise (Poggenpohl). Surmonté d’une hotte (Gaggenau), il regroupe un évier à double cuve et égouttoir en Inox, ainsi qu’une table de cuisson au gaz (Gaggenau).
Entre la cuisine et le salon, la salle à manger se poursuit par un couloir qui aboutit à la fois à la porte d’entrée et à l’escalier menant aux chambres. La table, dessinée par le propriétaire de la maison et fabriquée sur mesure par un artisan local, comporte un plateau en orme et des piétements en aluminium.
À l’intérieur de la maison, l’organisation de l’espace s’est adaptée à la forme du bâtiment, tout en longueur. La distribution des pièces se fait ainsi en ligne droite, le long d’un «chemin» en parquet huilé (en sucupira, un bois exotique) qui borde les baies vitrées donnant sur la piscine et le jardin, et qui se distingue du reste du sol, recouvert d’un béton ciré (« Rocland » de Placeo).
Chaque pièce est délimitée par des cloisons prolongées par des portes coulissantes à galandage, ce qui permet à la fois une circulation fluide et une séparation des espaces si nécessaire. Ceux-ci sont baignés de lumière grâce aux coulissants vitrés qui se succèdent au fil des pièces.
Douillet, le salon des hôtes est doté de deux canapés en face à face et d’un poêle à bois contemporain (modèle «30» de Stûv). Pour une ambiance encore plus chaleureuse, une des cloisons a été revêtue d’un placage en bois (réalisation CMBS).
Dans les chambres, on découvre la charpente laissée à jour et peinte en blanc. Les propriétaires ont préféré à des fenêtres de toit des fenêtres verticales posées assez bas par rapport au plancher. Pour cette raison, leur partie inférieure est fixe pour éviter les accidents.
Cet escalier en béton revêtu de bois mène aux chambres d’hôtes. On a ouvert le mur à deux endroits de manière à laisser circuler la lumière naturelle, ce qui lui donne une belle forme géométrique.
Dans cette salle de bains, le parquet contrecollé en sucupira (bois exotique résistant à l’humidité) a été fixé en plein pour éviter de se déformer au contact de l’eau. Le plan vasque en cèdre a été dessiné sur mesure par le propriétaire de la maison et fabriqué par un menuisier (CMBS). La douche, au receveur extra-plat, est fermée par une paroi vitrée battante et une fixe en verre Securit.
Pour dissimuler la piscine et le jardin sinon visibles de ce côté de la maison, des brise-vue ont été dessinés par le propriétaire et réalisés sur mesure par un artisan serrurier (Le Piouffle). Ils se composent d’un cadre métallique qui reçoit des lames de bois peintes dans la même teinte que l’ensemble des bardages. Elles ont été fixées en biais avec un léger décalage entre chacune pour davantage de légèreté.
Vestige d’un ancien hangar, un pignon en pierre, intact, sert de brise-vent et garantit l’intimité de la maison, du jardin et de la piscine. Le terrain étant en pente, une terrasse a donc été aménagée et la piscine a dû être semi-enterrée. Rappel de l’ancien hangar partiellement démoli, un muret, perpendiculaire au bassin, marque la ligne de décaissement du terrain.
Le podium formé par la terrasse en bois (dont les lames sont en cèdre) montée sur des plots réglables permet de masquer tous les câbles de l’ éclairage, ainsi que les arrivées d’eau.
Le vaste terrain qui s’étend derrière la piscine a permis d’enterrer à l’horizontale, à quelques dizaines de centimètres de profondeur, le réseau de capteurs du système de chauffage géothermique. À côté de la piscine, l’un des pignons de l’ancien hangar a servi de point de départ pour construire une remise servant de local technique. Il a été recouvert du même bardage noir que la maison.