Maison & Travaux > Tous les reportages > Tous les intérieurs classiques > Une ferme-manoir reprend vie

Une ferme-manoir reprend vie

Elle serait restée à l’état de ruines si un couple de passionnés ne s’était attaché à la relever. Son beau caractère de ferme-manoir a été respecté pour l’agrément de ses hôtes de passage en bord de mer.

ZOOM

La consolidation et la reprise en élévation des maçonneries en granit, la construction d’un plancher à solives et d’une charpente en chêne, la couverture en ardoises rustiques sont autant de travaux qui relèvent d’une restauration dans les règles.

L’ancienne grange accueille aujourd’hui la pièce commune (ou club-house). De récupération, la cheminée du coin salon est couronnée par un linteau en T dont les extrémités en crossettes s’emboîtent dans les réservations des sommiers. Réalisé par un ferronnier, le râtelier en fers pleins rehausse le foyer pour améliorer le tirage et laisser voir les flammes depuis la table d’hôtes. Sous les terres cuites, circule le plancherchauffant. (Photophores, lampes et tabourets, chez Nox.)

Dominée par un petit manoir (XVIIe et XVIIIe siècles), la ferme compte six dépendances de plain-pied qui délimitent une cour aux abords pavés de granit. Les ardoises rustiques de pays aux nuances gris bleuté sont posées au clou à “pureau décroissant” sur un plancher de voliges jointives (entreprise de couverture Guy Kervoelen).

Encadrées par de solides pierres de taille, les fenêtres et portes-fenêtres ont été fabriquées sur mesure. Elles sont dotées de clenches et de “mouton et gueule-de-loup” : une barre mobile montée sur un axe ouvre ou ferme la baie.

Dans la pièce commune, sous les solives apparentes en chêne, cohabitent le coin cheminée, la table d’hôtes et le bar réalisé en bois d’hévéa et d’acacia mouluré (les Ateliers de Kercoet). Les murs sont peints avec un lait de chaux qui laisse deviner la surface des pierres et apporte de la clarté. (Tabourets en tôle d’acier Tolix.)

Dans la pièce commune, sous les solives apparentes en chêne, cohabitent le coin cheminée, la table d’hôtes et le bar réalisé en bois d’hévéa et d’acacia mouluré (les Ateliers de Kercoet). Les murs sont peints avec un lait de chaux qui laisse deviner la surface des pierres et apporte de la clarté. (Tabourets en tôle d’acier Tolix.)

Les fermes à entraits retroussés, renforcées à la base des murs par des jambes de force et des blochets, offrent un grand volume habitable. Créée avec des pierres de récupération, la lucarne en granit apporte clarté et perspective sur la cour. Le garde-corps (imposé par la législation pour les fenêtres situées en étage) est fixé à l’intérieur évitant ainsi sa présence en façade.

Fabriquée sur mesure, cette porte-fenêtre rappelle les modèles traditionnels avec ses vantaux dissymétriques (1/3 et 2/3). Celui de droite compte deux ouvrants et des volets intérieurs. Son loquet poucier actionne une clenche. (Menuisier Loïc Chateau)

Le terrain situé entre l’ancienne soue à cochon (à droite) et une remise (à gauche) a été mis à profit pour ajouter une extension en ossature bois. Disposée transversalement en pignon, elle relie deux chambres d’hôtes par une entrée commune.

Bâtie dans le prolongement de la pièce commune, la remise restaurée dans les règles abrite une chambre d’hôtes. Forts d’une précédente expérience de restauration, les propriétaires ont pris part activement au chantier (maçonneries, drainage du sol, isolation du plancher à solives, chaulage des murs...). Le bleu des carreaux ciment (Josse), le gris du mobilier et du linge de lit contribuent à la sérénité du lieu. (Armoire, chez Fortune de Mer.)

Bordant la partie ouest de la cour, cet ancien logis paysan abrite un gîte supplémentaire. Couronné par un plancher à poutres apparentes et solives en chêne, le rez-de-chaussée (vingt mètres carrés environ) associe séjour et cuisine.

Fonctionnelle et conviviale, la cuisine ouverte économise l’espace, facilite l’intendance et participe au décor en mêlant les matières (bois, inox, acier). Adossés au mur arrière, évier, placards, cuisinière (Faure), plan de travail s’inscrivent entre un réfrigérateur (AEG) et une glacière de boucher.

Evocation des placards réfrigérés d’autrefois, ce meuble est né en fait de la récupération de portes en chêne dotées de charnières chromées posées en applique. Les propriétaires les ont faites agencer sur un meuble en chêne réalisé sur mesure. L’allure moderne de la hotte en inox (Scholtès) contraste avec les placards en chêne1 et apporte une touche de modernité. Au sol, les carreaux posés en damier jouent une harmonieuse partition (Josse).

Après avoir gravi un escalier en bois, on découvre cette chambre d’hôtes coiffée d’une belle charpente apparente en chêne. Spots à basse tension, suspensions en métal chromé, fauteuil et boutis rouges, parquet chêne clair : un ensemble qui contribue au bien-être du lieu.

(En fond : une impression sur toile tendue d’un détail du tableau de Leonardo Da Vinci, Mona Lisa, par Téo Jasmin.) Sous les rampants, habillés de planches de sapin rabotées (16 cm de large), une cloison à ossature bois recouverte de planches à rainures et languettes dissimule, en fond de comble, la salle de bains et les toilettes.

Le plan de toilette est constitué d’un plateau de résineux porté par quatre poteaux que relient des traverses (menuisier Loïc Château). Le cadre des miroirs est dimensionné au format des vasques (Duravit). Le tout forme un ensemble coordonné et équilibré. Des carreaux ciment ceinturés par une frise végétale animent le sol de leurs motifs en étoile ,“Java” et “Petite Ourse” (Josse).

    Dans les Côtes-d’Armor, entre terre et mer, le Trégor déroule ses paysages de landes, bois et prairies bordés entre autres par la Côte de Granit rose dont les rochers défient les lois de l’équilibre et par la Côte des Bruyères. C’est ici que Christian, originaire de ce pays, et Caroline son épouse achètent en 2001 une ferme-manoir.

    Fidèle à l’esprit des lieux

    Isolé au bout d’un chemin, le domaine se compose d’un petit manoir (XVIIe et XVIIIe siècles) dont la façade arrière domine une ancienne ferme. De type “maison bloc à terre”, les bâtiments (XVIIIe et XIXe siècles) s’étirent en enfilade et se rejoignent en équerre, formant une cour carrée. Un authentique patrimoine rural breton mais à l’article de la ruine. Seule la maison noble, encore habitée, garde fière allure avec ses façades soigneusement appareillées en granit, rythmées de baies bien alignées. Mais en apparence seulement. Faute d’entretien, les ardoises de la toiture prennent l’eau qui ruisselle sur la charpente, les planchers et les maçonneries. Le moral de nos hôtes n’est pourtant pas entamé.

    Passionnés, optimistes et las de leur vie parisienne, Christian et Caroline préfèrent se projeter dans l’avenir, planifier les travaux, mûrir un projet d’accueil touristique. L’endroit ne manque pas de charme pour créer des chambres d’hôtes. Guide moniteur de pêche, Christian souhaite aussi faire partager sa passion pour les poissons (de rivière et de mer) et les sentiers côtiers qu’il aime parcourir. Quatre années de persévérance sont nécessaires pour déblayer les gravats, recréer planchers et charpentes, rechercher des matériaux de récupération. Conscients de l’intérêt patrimonial du manoir, ils constituent un dossier en 2004 pour le faire inscrire à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Un calendrier long mais indispensable pour trouver les artisans qualifiés, veiller à la qualité des interventions, suivre des stages de formation (association Tiez-Breiz) et réaliser eux-mêmes les aménagements intérieurs.

    Humidité refoulée, chaleur maîtrisée

    Passée l’entrée, on accède à la cour de l’ancienne ferme bordée par un chemin pavé. Bâti en 1787, la première dépendance en délimite la partie est. A ciel ouvert, les murs de cette étable étaient envahis par la végétation et gorgés d’eau. Après débroussaillage, les maçonneries sont consolidées, relevées et rejointoyées à la chaux hydraulique naturelle (entreprise Bernard Clec’h). Traversé par des sources, le terrain doit être drainé pour empêcher l’eau de stagner au bas des fondations. Une tranchée est creusée pour y poser des drains puis remblayée de matériaux à granulométrie décroissante (les particules fines en haut ne sont pas entraînées par l’eau dans les vides de la couche inférieure). Le sol en terre battue est lui-même décaissé (70 cm de profondeur) et drainé. La fouille est comblée de graviers (50 cm d’épaisseur) et stabilisée avec une dalle de mortier de chaux additionné de billes d’argile expansé. Après séchage, un chauffage par le sol est installé sur cette dalle isolante puis recouvert d’une chape d’enrobage, elle-même habillée de terres cuites de récupération. Ainsi isolée de l’humidité du sous-sol et dotée d’un plancher chauffant, la bâtisse n’en est que plus confortable.

    Isolée du froid et du bruit

    Ruinés par les intempéries, charpente et plancher doivent être recréés en tenant compte du projet d’aménagement d’une chambre sous les combles (charpentier Yves Rihouay). Après avoir déterminé un niveau de plancher (situé à 80 cm en retrait des murs de façade) conçu pour offrir un volume habitable confortable, les extrémités des solives en chêne sont scellées dans des réservations ménagées dans la maçonnerie (de façade à façade). Puis l’ensemble est recouvert de planches de coffrage (27 mm d’épaisseur). Contre les bruits d’impact du plancher, un “caisson isolant” est prévu. De 20 cm d’épaisseur, il se compose d’une sous-couche isolante (Phaltex) et d’une chape (chaux et billes d’argile expansée) désolidarisée en périphérie par des bandes résilientes. Après séchage, une trame de lambourdes est mise en place sur laquelle est cloué un parquet en chêne massif à lames larges – largeur 18 cm x L 80 cm à 110 cm, 22 mm d’épaisseur (Josse). Hissée à l’aide d’une grue, la charpente est constituée de fermes à entrait retroussé soutenues par des jambes de forces et des blochets (pièce de bois qui solidarise).

    Articles sur le même thème...

    REPORTAGE

    Une extension comme un belvédère

    Dans le Perche, cette maison forestière profite d’une vue exceptionnelle grâce à une extension en bois avec...  Lire

    REPORTAGE

    La rénovation d'une immense longère

    Bâtie sur une ancienne motte féodale, cette longère typique du Perche affiche de belles proportions mises en...  Lire

    REPORTAGE

    Une authentique ferme savoyarde

    Avec des bâtiments inscrits dans la pente, un rez-de-chaussée maçonné et un haut fenil bardé de bois,...  Lire

    Rechercher RECHERCHER

    dans :

    S'ABONNER

    Maison&Travaux n°238

    Dans son numéro de janvier, Maison&Travaux vous propose un dossier spécial "s'agrandir" : des combles au sous-sol, découvrez comment gagner des mètres carrés.

    Facebook

    Boutique livres MT

    3 belles rénovations de maisons

    Agrandissement en rez-de-jardin

    Cette meulière typique de la banlieue parisienne a gagné de la lumière et 80 m² grâce à une extension en bois,...  Lire

    Des matériaux authentiques dans une maison innovante

    Près de Vannes, cette ancienne laiterie a été transformée en maison contemporaine. En rupture totale avec son passé...  Lire

    Déco design dans une demeure du 18e siècle!

    Avec son campanile, son manteau de briques rouges, sa toiture ondulante en tuiles canal et ses voûtes romanes,...  Lire