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Les maisons du bassin d'Arcachon

Vaste lagune ourlée de cordons sableux et de dunes onduleuses plantées de pins, le bassin d’Arcachon s’offre comme un joyau en plein coeur des côtes landaises. Îlots et bancs de sable, marais salants et marécages, pinèdes et roselières, océan et rivière sauvage… une nature d’une richesse exceptionnelle se déploie ici, attirant touristes et oiseaux, également heureux d’y trouver un refuge préservé.

Par Sophie Giagnoni / Photos Antonio Duarte / Sept. 2011

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Longtemps ce milieu exceptionnel ne fut occupé que par quelques pêcheurs ou résiniers dont les activités et les habitations n’imprimaient là qu’une empreinte légère. L’arrivée du chemin de fer à Arcachon en 1857 bouleverse cette donne. En quelques décennies, deux activités économiques majeures se développent sur ses rives : le tourisme et l’ostréiculture.

Belles demeures d’agrément pour l’une, parcs à huîtres et ports ostréicoles pour l’autre, ont profondément marqué les paysages arcachonnais. Leurs architectures spécifiques cohabitent aujourd’hui harmonieusement, tout en se mêlant à des constructions contemporaines, l’ensemble contribuant à forger ce qu’il est convenu d’appeler « l’esprit Bassin ».

En photo : Sorti de terre au xixe siècle, le village du Canon est constitué pour l’essentiel de cabanes ostréicoles typiques, dont bon  nombre conservent encore cette teinte sombre qui leur vient du traitement à l’huile de vidange appliqué pour protéger le bardage en bois de pin du sel marin et des intempéries.

"Hier désert, aujourd’hui village, demain cité", telle est la devise édictée par le premier maire d’Arcachon en 1857. Cette année voit  l’arrivée du chemin de fer, et avec lui, le lancement d’un ambitieux projet : la construction de la « Ville d’hiver ». Une cité sortie des sables.

Déjà station balnéaire et de cure réputée, Arcachon va attirer l’attention de financiers bordelais, les frères Pereire. Profitant de la nouvelle ligne ferroviaire dont ils sont actionnaires, ils vont fonder une véritable ville nouvelle sur les hauteurs : la Ville d’hiver, élégant quartier-sanatorium.

Sa construction débute en 1862, selon un plan global dont la conception revient en partie au jeune Gustave Eiffel, collaborateur de l’architecte Paul Régnaud. En l’espace de 3 ans, les principaux édifices de loisirs sont élevés : Casino, Grand Hôtel, etc. De quoi attirer riches malades, aristocrates et bourgeois, auxquels sont destinées les somptueuses villas disséminées le long d’allées arborées dont les sinuosités ont été réfléchies pour retenir les vents marins.

En photo : Appartenant à la première génération de chalets qui se trouve à l’origine de la Ville d’hiver, la villa « Marguerite » fut édifiée en 1863, puis largement modifiée en 1876, année durant laquelle elle est surélevée d’un étage et enrichie de ses décors en bois ouvragé. Inspirées de la décoration des chalets suisses, ces dentelles de bois connaissaient alors un développement favorisé par l’invention de la scie à découper.

Les dentelles de bois qui parent ses façades se retrouvent à l’intérieur de la villa « Marguerite » où elles ornent le garde corps du bel escalier. Réalisées en bois tendres, ces dentelures furent rapides à manufacturer, d’où leur abondance.

Chalets suisses, palais mauresques, manoirs gothiques, maisons néolandaises, cottages anglais, demeures coloniales… Les villas empruntent à des inspirations variées, encouragées en cela par le cahier des charges du lotissement qui ne pose aucun frein à la créativité des architectes.

Certains caractères récurrents assurent cependant une cohérence à l’ensemble, comme par exemple la multitude d’éléments en saillies : balcons, terrasses, galeries, bow-windows, porches, auvents, tourelles, marquises, belvédères… Autant d’espaces qui ménagent des transitions entre l’intérieur et les espaces extérieurs, invitant à profiter de ces derniers.

En photo : Avec une façade symétrique, des fenêtres à accolades et des arcs outrepassés à redents, la villa « Myriam » arbore un style typiquement arcachonnais mâtiné d’influences orientales.

L’autre facteur majeur d’harmonie entre ces demeures tient à la richesse décorative de leurs façades. Souvent polychromes, car faites d’appareillages de pierres, de briques et de bois, les façades arborent des cabochons, des céramiques, des briques vernissées, ou encore des médaillons en faïence, tandis que leurs balcons et rives de toit s’ornent de dentelles en bois découpé.

Épis de faîtage, noues et girouettes couronnent enfin leurs toitures aux formes fréquemment asymétriques.

En photo : Bâtie en 1901, La Fourmi s’inscrit dans la troisième génération de villas de la Ville d’hiver. Plus modeste, elle présente de riches décors polychromes et une toiture à de deux pignons, dont l’un revêt une forme très courante à Arcachon, dite "en casse-museau".

Autre style très présent sur les rives du bassin d’Arcachon, l’architecture balnéaire, dont la Ville d’hiver est le lieu d’expression privilégié. Deux cent quinze villas et chalets noyés dans la verdure y offrent un panorama complet de ce type d’architecture bourgeoise particulier à la seconde moitié du XIXe siècle.

Sur le port du canal à Gujan-Mestras, les cabanes ostréicoles répondent aux normes strictes qui président à leur construction depuis les premières réglementations de 1830. Espacement d’un mètre environ entre chacune, schéma de construction rigoureusement prédéfini, etc. Autant de normes garantes de la préservationde ce patrimoine.

Les premiers parcs à huîtres, et leurs corollaires, les ports ostréicoles, apparaissent dans le bassin d’Arcachon au XIXe siècle. Ces ports, constitués d’un rassemblement de cabanes en bois foncé, forment de petits villages pittoresques, destinés toutefois exclusivement au travail des ostréiculteurs, et non à l’habitation.

Depuis 1830, la construction des cabanes ostréicoles est soumise à un cahier des charges strict, définissant aussi bien leurs dimensions, que leur mode de fabrication. Toutes présentent ainsi des formes rectangulaires de 6 mètres sur 4 pour les plus anciennes, ou de 8 mètres sur 6 pour les plus récentes, lesquelles peuvent également comporter parfois un étage de stockage. Construites en pin des Landes, elles partagent la même structure simple, faite de poteaux, d’un bardage en bois à lames verticales avec couvre-joints, et d’une charpente à deux pentes habillée de tuiles mécaniques.

Ça et là toutefois, quelques éclats colorés permettent de les distinguer les unes des autres : volets jaunes, portes bleues, et autres traces de couleur laissées par le dernier carénage du bateau.

Au nombre de 1 500 environ, les cabanes d’ostréiculteurs du Bassin sont regroupées au sein de petits villages portuaires, dont les ordonnancements contribuent pour beaucoup au caractère pittoresque. Tandis que certains présentent une belle rigueur d’organisation, avec des cabanes espacées d’un mètre en une ou deux rangées parallèles qui se déploient de part et d’autre d’un chenal ou encore d’un bassin portuaire, d’autres offrent l’aspect d’un enchevêtrement dense sillonné de multiples ruelles.

Objets de convoitise, ces cabanes ne peuvent cependant pas être acquises par des particuliers. En effet, elles appartiennent toutes au domaine public maritime, qui concède des autorisations d’occupation temporaire, valables pour 25 ans, aux seuls ostréiculteurs qui peuvent éventuellement les transmettre à leurs héritiers. Une manière d’endiguer la pression immobilière et de préserver ces constructions qui participent à l’identité du bassin d’Arcachon.

En photo : Le bassin d’Arcachon forme un vaste jardin maritime planté de nombreux parcs à huîtres. À marée basse, lorsqu’ils se découvrent, les ostréiculteurs entretiennent leur parc et retournent les huîtres. À maréehaute, seuls les pignots (longues perches) émergent signalant leur présence. Cette activité permet au Bassin de conserver son caractère authentique.

Alors que côté Arcachon, les cabanes appartiennent au domaine maritime, côté Ferret, elles sont la propriété des ostréiculteurs qui les ont aménagées en habitation. Nombre d’entre elles ont donc été enduites ou plus simplement peintes.

Si les strictes réglementations concernant les dimensions ou les matériaux de construction des cabanes sont ici aussi respectées, il n’en demeure pas moins que ces villages ostréicoles arborent de plus vives couleurs et une plus grande diversité qui les distinguent nettement des ports spécifiquement ostréicoles de Gujan-Mestras ou de La Teste. Seules les cabanes de production conservent encore la patine foncée du bois ; celles qui servent d’habitation ayant été pour la plupart peintes en blanc, ou dans des couleurs vives. Volets, gouttières, soubassements de toiture, portes et encadrements de fenêtre apportent là une multitude  d’éclats colorés, que complète une végétation florale abondante.

Par ailleurs, vélos, tables et chaises s’y rencontrent communément dans les rues et ruelles, témoignant d’une vie villageoise tournée vers l’extérieur, car les cabanes restent exiguës et dotées d’un confort sommaire.

Dans les années 1970, la crise de l’ostréiculture a conduit le domaine public maritime à céder quelques autorisations d’occupation de cabanes à des particuliers afin d’assurer leur entretien. Ces concessions concernent les villages ostréicoles de l’Herbe, du Canon, de Piraillan, des Jacquets ou encore du Petit Piquey, où ostréiculteurs et vacanciers cohabitent ainsi durant les mois d’été.

Si les anciennes concessions consenties aux particuliers sont renouvelées, de nouvelles ne sont pas attribuées. Le rêve d’habiter l’une de ces cabanes d’ostréiculteur n’est donc guère accessible. Pour y pallier, de nombreux particuliers se sont fait construire des maisons qui en reprennent le vocabulaire architectural : bardage en lames de pin verticales avec couvre-joints, toiture à deux pentes recouvertes de tuiles mécaniques, volumes simples généralement rectangulaires…

Quelques architectes parmi les plus prestigieux déjà cités se sont également emparés de ce modèle, donnant naissance à des villas remarquables, parmi lesquelles l’on peut citer la « Villa Verte » de Michel Sadirac à l’Herbe ou la « Villa Noire » de Claude Marty à Andernos.

En photo : Le village de L’Herbe vu depuis les eaux du Bassin. Coquettes, centenaires pour quelques-unes d’entre elles, les cabanes d’habitation présentent des volumétries variées et des couleurs vives, loin de l’aspect homogène des cabanes sombres des ports ostréicoles. Cette singularité lui vaut d’être inscrit à l’inventaire des sites pittoresques.

À l’origine, pêcheurs et ostréiculteurs ne vivaient pas dans leurs cabanes en bois, mais résidaient dans des quartiers davantage à l’abri, légèrement en retrait des ports, comme par exemple celui de l’Aiguillon à Arcachon, dans ce que la terminologie locale appelle des « Arcachonnaises ».

L’Arcachonnaise type se présente sous la forme d’un rectangle simple à la façade principale symétriquement ordonnancée de chaque côté de la porte d’entrée centrale, que surmonte un fronton généralement triangulaire. Sa toiture à deux pentes, couverte de tuiles mécaniques, complète l’effet de symétrie avec la présence de deux cheminées placées de part et d’autre du fronton.

À cela s’ajoute la décoration polychrome également symétrique des façades élevées en briques rouges et en pierres blanches. Originellement sur un niveau, la construction présentait une hauteur d’environ 5,50 mètres sous faîtage.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les Arcachonnaises vont être transformées pour la plupart en résidences secondaires bourgeoises.

Influencées par l’architecture mise en oeuvre dans la Ville d’hiver, ces petites maisons vont alors connaître de véritables mutations en empruntant aux villas cossues leur vocabulaire décoratif : dentelles de bois, encadrements d’ouverture sculptés,  incrustations de cabochons en céramique colorée, tuiles faîtières à crête, épis de faîtage… Autant de décors qui viennent agrémenter leur façade principale et leur toiture. Certaines voient même leur volume originel augmenté par des extensions : étage, pignons, tourelles,  avant-corps ou encore galeries et porches s’intègrent le plus souvent en respectant le principe de symétrie.

Tous ces éléments sont traditonnellement protégés par une charpente débordante, aux avant-toits ornés de lambrequins.

En réponse à ces ouvertures généreuses, agrémentées ou pas de galeries, balcons et autres vérandas, les Arcachonnaises trônent au centre de jardins arborés, où fleurs, feuillages et haies vives créent une agréable intimité au coeur de la ville.

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