De la cité médiévale de Dinan à la Côte de Granit rose sculptée par l’érosion, en passant par le bocage et les landes vallonnées de la Bretagne intérieure, ce pays décline avec harmonie la force de l’Armor («pays de la mer») et la douceur de l’Argoat («pays des bois»). Ses demeures –à pans de bois, « longères », manoirs, fermes à cour ouverte, etc.– reflètent toute cette diversité.
Bordé par près de 350 km de côtes, le plus « nordiste» des départements bretons n’a pas usurpé son appellation pourtant récente. Si elles vivent au rythme des marées, de la pêche et du tourisme balnéaire, les Côtes-d’Armor ne plongent pas moins leurs racines dans un vaste terroir où paysages, cultures, traditions et habitat reflètent une ruralité millénaire. À l’Est, la Côte d’Émeraude et son ancienne cité ducale et port à l’intérieur des terres : Dinan. Plus à l’Ouest, reliant le Penthièvre au Goëlo: Saint-Brieuc et sa vaste baie. Et enfin, le Trégor qui doit son nom à son ancien évêché, Tréguier, et sa réputation touristique entre autres à sa Côte de Granit rose, qui présente un littoral des plus pittoresques.
Dinan et son patrimoine Les belles au bois d’antan
Logée au fond de l’estuaire de la Rance, Dinan est l’une des villes d’Art et d’Histoire les plus pittoresques ! Ancienne place forte et cité ducale (1283), elle est à l’époque convoitée pour son port qui, distant de 20 km de la Manche, forme un centre de négoce majeur entre l’arrière-pays et Saint-Malo, ainsi qu’avec les Flandres et l’Angleterre pour le commerce des draps et des toiles. Tisserands, tanneurs, aubergistes ou négociants en vin y tenaient boutique, notamment sous des maisons à porches, formant de longs passages couverts. À présent, l’ancienne cité féodale livre aux visiteurs un patrimoine remarquable : 2,6 km de remparts, plus de 100 demeures à pans de bois, etc.
Le bois, doyen des matériaux
L’abondance des forêts alliée au savoir-faire des charpentiers de marine a favorisé très tôt la construction à pans de bois. Malgré les incendies et l’urbanisation, ce type d’habitat se rencontre toujours dans tout le département. Les plus anciennes maisons (encore visibles) datent du XVe siècle. Elles se dressent le plus souvent en pignon le long d’une rue pavée, tandis qu’un essentage d’ardoises protège les murs les plus exposés. La maison est formée de «murs-charpente » en chêne (assemblés à mi-bois ou à tenons et mortaises chevillées), élevés sur un rez-de-chaussée de maçonnerie qui l’isole de l’humidité et limite la propagation des incendies. Y prennent appui des poutres (« sablières ») et des poteaux qui portent les étages. À l’intérieur de ces cadres, les charpentiers fixaient quelques pièces en oblique («écharpes») pour les raidir et empêcher les déformations.
Étages superposés et indépendants
À la Renaissance, les charpentiers privilégient l’utilisation de « bois courts » qui s’interrompent à chaque niveau pour former des étages indépendants. Ainsi affranchis des contraintes dimensionnelles, ils édifient des demeures plus élancées. Le manque d’espace (ceinture de remparts corsetant la cité) explique la présence fréquente d’encorbellements. De plus, comme l’impôt était lié à l’emprise au sol de la maison, le gain de place obtenu était net de taxe pour les propriétaires!
Espace, lumière et ornements
À Dinan, les «maisons à porche» sont occupées en rez-de-chaussée par des boutiques et étals de commerçants ou d’artisans. Lorsqu’elles sont accolées, ces maisons forment alors de véritables galeries qui permettent de flâner à l’abri des intempéries (rue de l’Apport et place des Cordeliers). Autre particularité, les «maisons à vitrine» sont également très ajourées. Piliers de granit ou poteaux de bois augmentaient la surface vitrée et la perspective sur la rue. Aux XVIe et XVIIe siècles, les cités enrichies par la production de toiles de lin affirment leur goût du décor : demi-colonnes décorées, chapiteaux sculptés, etc. Comble de raffinement, les fenêtres sont parfois encadrées de cariatides.
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