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Les Côtes d'Armor, un équilibre entre terre et mer

De la cité médiévale de Dinan à la Côte de Granit rose sculptée par l’érosion, en passant par le bocage et les landes vallonnées de la Bretagne intérieure, ce pays décline avec harmonie la force de l’Armor («pays de la mer») et la douceur de l’Argoat («pays des bois»). Ses demeures –à pans de bois, « longères », manoirs, fermes à cour ouverte, etc.– reflètent toute cette diversité.

ZOOM

Joyau du Trégor, la Côte de Granit rose hérissée de caps ou échancrée de baies et de rias déroule un tracé ciselé à l’extrême. Entre Ploumanach et Trégastel, le sentier des douaniers invite à admirer cette «architecture» granitique sculptée par l’érosion marine.

Le manoir de l’Isle (XVIIe-XVIIIe siècles) dresse sa façade de granit bien appareillée, rythmée de lucarnes à fronton et de baies aux belles proportions. À l’abandon, il a été restauré dans les règles (maçonnerie, Bernard Clec’h;couverture, Guy Kervoellen; menuiserie, Loïc Château).

La place du Général- Leclerc (Marc’hallac’h) de Lannion conserve quelques belles demeures à pans de bois XVe-XVIe siècles). À droite, les poteaux d’angle et les décharges sont sculptés (cariatides, colonnes torsadées ou cannelées). À gauche, les tourelles en encorbellement sont habillées d’ardoises rustiques.

La Côte d’Émeraude doit son nom à la couleur que prend parfois la mer le long de ce littoral découpé, rythmé de criques et de plages. Au XIXe siècle, les villages de pêcheurs qui la bordent ont laissé place à de petites stations balnéaires (Saint-Briac,Saint-Jacut-de-la-Mer, Saint-Cast-le-Guildo, etc.) où ont fleuri de charmantes villas de villégiature.

Situé au bout de l’estuaire de la Rance, le port de Dinan était un carrefour commercial très actif jusqu’au XIXe siècle. Sel, morue, thé et épices venus de Saint-Malo étaient échangés contre les toiles de lin, le cuir, le bois et le cidre de l’arrière-pays.

Belle demeure à encorbellement de la place des Merciers (XVe siècle), flanquée d’une petite maison recouverte d’ardoises posées à «pureau décroissant».

Depuis le port, on gagne la cité par la rue escarpée du Jerzual. Cette route pavée est bordée de belles demeures à pans de bois, anciennes échoppes qui conservent leurs étals de pierre fermés de lourds volets de bois. Photo Alain Chaignon

Joyau d’architecture classé Ville d’Art et d’Histoire, Dinan livre un patrimoine exceptionnel: des remparts (XIIIe-XVIIe siècles), ponctués de quatorze tours, quatre portes fortifiées et un donjon, plus d’une centaine de demeures à pans de bois (XVe-XVIIIe siècles), un beffroi,des églises et hôtels particuliers…Photo Alain Chaignon

Ancienne place forte du comté de Penthièvre perchée sur un promontoire rocheux, Moncontour abrite aujourd’hui encore un beau patrimoine. À la croisée de voie de circulation, la cité avait également une vocation marchande (fabrication de toiles et cuirs).

Cette «longère» typique regroupait jadis logis et exploitation (grange, étable, écurie). Elle associe avec harmonie granit, schiste et bauge (terre argileuse), ainsi que l’ardoise de sa couverture. Comme les maisons de bord de mer, ses menuiseries d’un bleu lumineux lui apportent une note de gaieté.

Très beau portail aux piliers de granit sculpté, ornés de couronnements imposants.

D’origine féodale, Quintin doit sa prospérité à la production de toiles de lin. De cet âge d’or, cette petite cité de caractère conserve des richesses architecturales : un château (XVe et XVIIIe siècles), une basilique néogothique, des maisons à pans de bois et des hôtels particuliers. Photo Alain Chaignon

Ce beau manoir de bourg couronné de trois grosses souches de cheminée est doté d’un étage ajouré de baies disposées avec symétrie. Il offre une belle volumétrie et évoque l’aisance des premiers propriétaires.

Capitale du Trégor, Tréguier garde de son statut d’évêché (VIe-XVIIIe siècles) un riche patrimoine. Du clocher de la cathédrale gothique Saint-Tugdual, on profite d’un beau panorama. En arrière-plan, l’estuaire rappelle que le port était très actif, exportant le grain vers Bordeaux d’où les navires rapportaient du vin.

La côte et les estuaires costarmoricains conservent quelques moulins à marée, comme celui de Ploumanach. Bâti sur une digue, le moulin à mer est un édifice plutôt trapu qui utilise le flux et le reflux de l’Océan pour faire tourner ses roues. Photo Alain Chaignon

Du XVIe siècle, cette grande demeure située est située au centre de Tréguier. Elle a été restaurée avec passion et opiniâtreté par Gilles et Malou qui y accueillent avec enthousiasme les visiteurs. Comme d’autres maisons de Tréguier, elle est disposée à l’avant d’une parcelle en lanière, et cache un très beau jardin qui s’ouvre sur la campagne environnante (Maison d’hôtes Tara).

Castel Meur… Tellement photographiée, mais si différentes à chaque fois ! Cette petite maison et les rochers qui la protègent changent de couleur en fonction du temps, de la luminosité, des saisons. Ici, jour exceptionnellement calme à Plougrescant, sans aucun souffle de vent –moment rare en Bretagne–, le temps semble arrêté ; le lieu immuable.

Celle-ci et la suivante. Bâti entre 1483 et 1490 puis remanié en 1592 après un incendie, le manoir de Kérousy est aujourd’hui parfaitement restauré. Parée d’un bel appareil de granit, la façade ajourée de hautes baies surmontées de linteaux sculptés de têtes d’ange et de motifs géométriques, est couronnée d’une belle corniche à modillons. Le manoir occupe le fond d’une cour pavée bordée d’une demeure de maître et de communs aujourd’hui aménagés en gîtes. (Manoir de Kérousy. Plouguiel. 22220 Tréguier. Tél. : 02 96 92 13 51 et www.kerousy.com)

Dès 1885, Perros-Guirec devient accessible par le train et se transforme en station balnéaire. Les corniches qui surplombent la mer voient l’édification de maintes villas inspirées de l’architecture régionaliste néo-bretonne et néo-normande où les faux colombages colorés, les appareillages de granit et les toitures débordantes distillent un air de vacances et de fantaisie.

    Bordé par près de 350 km de côtes, le plus « nordiste» des départements bretons n’a pas usurpé son appellation pourtant récente. Si elles vivent au rythme des marées, de la pêche et du tourisme balnéaire, les Côtes-d’Armor ne plongent pas moins leurs racines dans un vaste terroir où paysages, cultures, traditions et habitat reflètent une ruralité millénaire. À l’Est, la Côte d’Émeraude et son ancienne cité ducale et port à l’intérieur des terres : Dinan. Plus à l’Ouest, reliant le Penthièvre au Goëlo: Saint-Brieuc et sa vaste baie. Et enfin, le Trégor qui doit son nom à son ancien évêché, Tréguier, et sa réputation touristique entre autres à sa Côte de Granit rose, qui présente un littoral des plus pittoresques.

    Dinan et son patrimoine Les belles au bois d’antan

    Logée au fond de l’estuaire de la Rance, Dinan est l’une des villes d’Art et d’Histoire les plus pittoresques ! Ancienne place forte et cité ducale (1283), elle est à l’époque convoitée pour son port qui, distant de 20 km de la Manche, forme un centre de négoce majeur entre l’arrière-pays et Saint-Malo, ainsi qu’avec les Flandres et l’Angleterre pour le commerce des draps et des toiles. Tisserands, tanneurs, aubergistes ou négociants en vin y tenaient boutique, notamment sous des maisons à porches, formant de longs passages couverts. À présent, l’ancienne cité féodale livre aux visiteurs un patrimoine remarquable : 2,6 km de remparts, plus de 100 demeures à pans de bois, etc.

    Le bois, doyen des matériaux
    L’abondance des forêts alliée au savoir-faire des charpentiers de marine a favorisé très tôt la construction à pans de bois. Malgré les incendies et l’urbanisation, ce type d’habitat se rencontre toujours dans tout le département. Les plus anciennes maisons (encore visibles) datent du XVe siècle. Elles se dressent le plus souvent en pignon le long d’une rue pavée, tandis qu’un essentage d’ardoises protège les murs les plus exposés. La maison est formée de «murs-charpente » en chêne (assemblés à mi-bois ou à tenons et mortaises chevillées), élevés sur un rez-de-chaussée de maçonnerie qui l’isole de l’humidité et limite la propagation des incendies. Y prennent appui des poutres (« sablières ») et des poteaux qui portent les étages. À l’intérieur de ces cadres, les charpentiers fixaient quelques pièces en oblique («écharpes») pour les raidir et empêcher les déformations.

    Étages superposés et indépendants
    À la Renaissance, les charpentiers privilégient l’utilisation de « bois courts » qui s’interrompent à chaque niveau pour former des étages indépendants. Ainsi affranchis des contraintes dimensionnelles, ils édifient des demeures plus élancées. Le manque d’espace (ceinture de remparts corsetant la cité) explique la présence fréquente d’encorbellements. De plus, comme l’impôt était lié à l’emprise au sol de la maison, le gain de place obtenu était net de taxe pour les propriétaires!

    Espace, lumière et ornements
    À Dinan, les «maisons à porche» sont occupées en rez-de-chaussée par des boutiques et étals de commerçants ou d’artisans. Lorsqu’elles sont accolées, ces maisons forment alors de véritables galeries qui permettent de flâner à l’abri des intempéries (rue de l’Apport et place des Cordeliers). Autre particularité, les «maisons à vitrine» sont également très ajourées. Piliers de granit ou poteaux de bois augmentaient la surface vitrée et la perspective sur la rue. Aux XVIe et XVIIe siècles, les cités enrichies par la production de toiles de lin affirment leur goût du décor : demi-colonnes décorées, chapiteaux sculptés, etc. Comble de raffinement, les fenêtres sont parfois encadrées de cariatides.

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