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Le pays de Cornouaille, voyage en sud Finistère

L’ancien duché de Bretagne, au sud-ouest du Finistère, égrène ses villages de granit et ses chaumières en pierre debout, ses manoirs appareillés en dalles de schiste et ses cités à pans de bois. Un habitat parfois sévère, souvent époustouflant qui plante ses fondations dans un décor aussi bien terrien que maritime.

ZOOM

Blottie au fond d’une baie, Concarneau est née autour d’une Ville Close fortifiée sur l’îlot rocheux du Conq. Deux ponts invitent à franchir la mer puis la muraille pour pénétrer dans la rue principale. La cité doit sa prospérité à la pêche (sardines et thons) et à l’essor des conserveries. Photo : OT Concarneau

Ancien domaine rural dont dépendaient jadis vingt-cinq villages, le manoir de Kernault (Mellac) a préservé sa silhouette de la fin du XVe siècle malgré des réaménagements à la Renaissance et au XVIIIe siècle (fenêtres et lucarnes).

Ancienne cité portuaire, place marchande et ville étape entre la haute Cornouaille et le bas Léon, Le Faou tient son nom de la présence de forêts de hêtre (fagus). Ses maisons à pans de bois avec encorbellement et fermes débordantes (XVIe-XVIIe siècles), protégées par des essentages d’ardoise finement travaillées (frises et motifs en losange ou trèfle), justifient son classement en « Petite cité de caractère ». Photo Alain Chaignon

Les hameaux préservés de Kerascoët et Kercanic (Névez) conservent leurs chaumières bâties en enfilade pour se protéger de l’agression des forts vents marins. Photo Alain Chaignon

Quimper conserve plusieurs maisons à pans de bois (XVI-XVIIIe siècles). Dressées en pignon avec étages en encorbellement, elles affichent une structure qui en fait leur décor (croix de Saint-André, chevrons, etc.), associée à des poteaux sculptés, des consoles moulurées ou un essentage d’ardoise. (Voir photo suivante)

La «Maison des Archers» de Quimperlé est une demeure de notable (XVIe siècle) qui évoque un manoir avec son plan allongé, son rez-de-chaussée tout en granit et ses pièces superposées sur deux étages. Au-dessus du linteau de porte en accolade, les travées de huit et six fenêtres à croisées sculptées sont de facture plus récente.

Le manoir de Kernault (XVe-XVIIIe siècles) témoigne de son évolution vers un logis seigneurial. Les armoiries des propriétaires (famille de Lescoët) sont portées au fronton d’une lucarne.

Au creux d’un val riant, Pont-Aven égrène ses maisons et moulins à eau le long d’une boucle capricieuse de l’Aven semée de chaos granitiques.

Le manoir de Minuellou à Melgven (XVe-XVIIIe siècles) a évolué en résidence puis en ferme avec l’ajout de dépendances qui lui donnent son plan en L.

Cette façade du XVIIe siècle de l’hôtel de la Compagnie des Indes, à Locronan, en impose par ses dimensions et la régularité de son appareillage. Photo Alain Chaignon

Au-delà de Douarnenez, la pointe du Millier forme un cap avec sa maison-phare flanquée à l’arrière d’une tour demi-circulaire (1880). Des falaises qui s’émiettent en écueils dessinent de vivifiants panoramas ! Photo Alain Chaignon

Du haut des tours de la cathédrale Saint-Corentin à Quimper, on profite d’un beau point de vue sur le centre historique de la cité avec son palais épiscopal et la tour de l’évêché de style gothique. Sur les versants des toitures très pentues, l’ardoise est posée au crochet ou au clou. Si l’ardoise d’Angers est la meilleure et la plus prestigieuse, son coût est fort élevé. C’est pourquoi des couvreurs proposent des ardoises de provenance étrangère pour assurer des rénovations à un prix abordable. Quand le savoirfaire est au rendez-vous, on apprécie le résultat Photo OT de Quimper

Très belle demeure dressée en pierres de taille de granit (parallélépipèdes ou « parpaings ») à Locronan. Elle est ajourée d’une porte en plein cintre (surmontée d’un arc de décharge), de fenêtres à bords droits et petits carreaux et d’une lucarne à fronton semi-circulaire. Photo Alain Chaignon

Autour de Névez, les maisons « en pierres debout » sont bâties avec des monolithes de granit dressés à même le sol (hauteur 2,70 m, largeur 0,50 m environ). Pour les détacher, les paysans faisaient appel à des tailleurs de pierre qui tranchaient ces blocs erratiques à l’aide de coins métalliques. Afin de protéger ce patrimoine menacé, la commune a reçu en 1993 le label « Paysage de reconquête » du Ministère de l’environnement

Bourg de tisserands autrefois, le hameau de Kerascoët conserve ses chaumières (XVe-XVIIIe siècles) dont certaines sont bâties en « pierres debout ». Seule exception :les pignons maçonnés, le plus souvent en moellons de granit liés avec un mortier de chaux.

A l’origine modeste masure paysanne (XIXe siècle), cette demeure affiche fière allure grâce à une réhabilitation inventive et respectueuse du style régional : réfection de la couverture (roseaux), aménagement de lucarnes et encadrements de baies en granit mouluré, jointoiement « à fleur de pierre » des façades, etc

    Première ville sur la route de Nantes à Brest, Quimperlé ouvre la marche sur le pays de Cornouaille. Elle fait partie de ces cités historiques et de charme qui jalonnent le sud du Finistère. La balade se poursuit en remontant à l’ouest vers les côtes plus périlleuses de la pointe du Raz jusqu’à la presqu’île de Crozon. Entre les deux, le regard se repose sur la baie de Douarnenez. Plus loin dans les terres, des milieux urbains ou semi-urbains, tels Quimper ou Locronan, affirment des types de construction remarquables, ici variété du pan de bois, là unité d’un appareillage en granit qui donne tout son cachet au bourg. Retour vers le sud, entre Concarneau et Doëlan, et ces étonnantes chaumières en pierre debout ! La maison du Finistère s’enrichit de toutes ces différences

    Du pan de bois à la maison de granit

    De Quimperlé à Pont-Aven, l’occasion est donnée de passer d’une architecture de Cité à une architecture semi-urbaine en traversant une campagne immortalisée par Paul Gauguin et sa communauté d’artistes établis dans ce bourg au bord de l’Aven en 1886. L’habitat urbain type est la construction à pans de bois favorisé par le savoir-faire des charpentiers de marine. Ces maisons (XVIe-XVIIIe siècles) se voient à Quimper, Quimperlé, Concarneau, Douarnenez...

    Colombages à tous les étages

    Elles sont souvent dressées en pignon le long d’une rue pavée. La maison est formée de « murs-charpente » en chêne (assemblés à mi-bois ou à tenons et mortaises chevillées), élevés sur un rez-de-chaussée de maçonnerie qui l’isole de l’humidité. Y prennent appui des poutres (« sablières ») et des poteaux qui portent les étages. À l’intérieur de ces cadres, les charpentiers fixaient des pièces en oblique (« écharpes ») pour empêcher toute déformation. À partir de la Renaissance, ils privilégient l’utilisation de « bois courts » qui s’interrompent à chaque niveau pour former des étages indépendants. Ainsi affranchis des contraintes dimensionnelles, ils édifient des demeures plus élancées. Le manque d’espace (présence de remparts qui corsettent les cités) explique la présence fréquente d’étages qui dépassent les uns par rapport aux autres (dits « en encorbellement »).

    Nobles maisons des champs

    Isolé dans la campagne, le manoir est un logis rectangulaire identifiable par sa volumétrie : corps de logis, tourelle d’escalier desservant l’étage, toit à quatre pans... Siège d’une petite seigneurie ou d’une baronnie (XVe-XVIIe siècles), il évolue souvent au XVIIIe siècle en exploitation agricole confiée à un régisseur. Aussi est-il environné de bâtiments annexes qui délimitent une cour avec son puits sculpté ou une fontaine. Le matériau dominant est le granit mis en oeuvre sous forme de belles pierres de taille et de moellons assemblés à joints très fins. Les intersections des murs sont renforcées par des chaînes d’angle tandis que les portes sont couronnées de linteaux en accolade ou d’arcs en plein cintre. Agencées par travées, les baies relativement nombreuses reflètent une quête de clarté. Appuis de fenêtre, lucarnes, ou souches de cheminée sont souvent moulurés ou sculptés…

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