Aux portes de Paris, cette riche région agricole aux paysages verdoyants et sereins, divisée par l’histoire entre royaume de France et domaine normand, livre une architecture qui charme par l’unité, la simplicité, la justesse des proportions, sans omettre la diversité des matériaux. Itinéraire au coeur d’un pays où certains mettent la main à la pâte pour en conserver l’esprit.
A l’ouest du département du Val d’Oise, aux limites de la moderne agglomération de Cergy-Pontoise, le Vexin déroule un vaste plateau calcaire d’une soixantaine de kilomètres de long sur quarante de large. Délimité par plusieurs vallées, celle de l’Oise (à l’est), de l’Epte (à l’ouest) et de la Seine (au sud), il s’étire encore vers le sud du département de l’Oise avant de prendre fin à la lisière nord des Yvelines. Légèrement plat, il n’est pas moins vallonné grâce aux buttes boisées (de cent soixante-dix à deux cent vingt mètres de hauteur) qui le jalonnent. Des vallons souvent secs et des vallées traversées de cours d’eau (Aubette, Montcient, Viosne, Sausseron...) l’entaillent, ménageant de belles plaines alluviales.
Le Vexin français. Un habitat homogène
« Si proche, si dépaysant », ainsi peut se résumer le caractère du Vexin. Avec ses étendues de blé, ses villages au clocher fédérateur et ses falaises crayeuses qui épousent les boucles de la Seine, ce pays préserve tous ses charmes. Situé au nord-ouest de la région parisienne, il abrite une paisible campagne échancrée de fraîches vallées. Recouvert de limons fertiles, le plateau qui le porte (1400 km2) est le domaine « des blés » (c’est-à-dire de toutes les céréales) depuis le Moyen Âge, et de l’élevage. Peuplé depuis la préhistoire, le Vexin tient son nom de la tribu gauloise des Veliocasses qui l’occupait jusqu’à Rouen. Au néolithique, l’homme pratique l’agriculture et l’élevage, érigeant dolmens et menhirs.
Terre frontalière
Après la conquête romaine, le peuplement s’organise autour de villae (grandes fermes) et de vici (villages) réunis par des chaussées reliant Paris à Rouen, Beauvais et Chartres. Au IXe siècle, les Vikings remontent la Seine dans leurs drakkars, se livrent au pillage et terrorisent les populations. Pour y mettre fin, Charles III le Simple cède à leur chef, Rollon, les terres situées à l’ouest de l’Epte. Ainsi en 911, le Vexin est-il scindé en deux territoires, l’un dit « Vexin français », l’autre dit « Vexin normand ». L’Epte marque la frontière entre le royaume de France et la Normandie que vont se disputer jusqu’en 1441, les rois de France et les successeurs de Rollon, devenus ducs de Normandie et rois d’Angleterre. Préservé de l’urbanisation, le Vexin français présente un habitat spécifique de bourgs compacts ponctués de grandes fermes céréalières. Les villages sont volontiers implantés à flanc de colline ou dans le creux d’un vallon pour réserver les sols des plateaux fertiles à la culture des céréales.
Continuité de l’habitat
La région offre une véritable unité architecturale née de l’utilisation des matériaux locaux (pierres calcaires, meulières, grès), des enduits au plâtre et à la chaux... et de la continuité du bâti aux volumes modestes. Rectangulaires et de faible hauteur, les maisons sont tantôt mitoyennes, tantôt bordées de longs murs de clôture. Elles dessinent une trame minérale ininterrompue, à l’origine de cet effet d’harmonie.
Une maison de bourg simple et fonctionnelle
Dressées en moellons, les façades ne comptent souvent qu’un étage. Les fenêtres sont rares pour limiter les ouvrages de couronnement (linteau, arc...) et les fuites thermiques. Implantées de façon irrégulière, elles sont plus hautes que larges avec des vantaux à six carreaux. Elles sont encadrées de pierres de taille et surmontées d’un linteau en pierre ou chêne (dissimulé sous un enduit de plâtre). Les angles des murs sont renforcés par des chaînes d’angle « en besace » qui superposent une pierre longue-une pierre courte, de la base au sommet des murs. Les façades étaient protégées par un enduit de plâtre gros ou de chaux (ou un mélange des deux) dont la teinte varie du blanc crayeux au gris patiné ou parfois légèrement ocrée par un sable de carrière. En décor, seuls quelques bandeaux soulignent cette architecture sobre tandis qu’une corniche moulurée (en plâtre) ou sculptée de modillons (en pierre de taille) adoucit l’arrivée du toit. A deux versants, la toiture accuse une inclinaison qui oscille entre 35 et 50°. Elle est coiffée de tuiles plates qui ne débordent pas sur les pignons.
Grandes fermes céréalières
Isolée sur un plateau ou dressée à la lisière d’un village, la ferme à cour fermée se distingue par son plan en quadrilatère et son aspect retranché : de l’extérieur, elle présente souvent de longs bâtiments aveugles reliés par un mur d’enceinte. Un porche dimensionné pour les charrois et le bétail donne accès à la vaste cour. Autour s’organisent les bâtiments d’exploitation. Maintes fermes conservent un colombier à pied, symbole de richesse, dressé au centre de la cour. Perpendiculaire au porche ou en fond de cour, la maison de maître (XVIIIe siècle) se distingue par ses élégantes façades en pierres de taille.
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