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Le Vexin, un caractère affirmé

Aux portes de Paris, cette riche région agricole aux paysages verdoyants et sereins, divisée par l’histoire entre royaume de France et domaine normand, livre une architecture qui charme par l’unité, la simplicité, la justesse des proportions, sans omettre la diversité des matériaux. Itinéraire au coeur d’un pays où certains mettent la main à la pâte pour en conserver l’esprit.

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Inclus en partie dans la région Ile de France, le Vexin a été épargné par l’urbanisation. Il déroule des paysages vallonnés où s’intègre un authentique patrimoine composé de bourgs ruraux groupés autour de leur église (romane ou gothique), de manoirs, grandes fermes et châteaux. Dans un environnement de bois et d’étendues céréalières, le village de Santeuil resserre ses maisons autour d’une église des XII-XIIIe siècles sur la rive gauche de la vallée de la Viosne.

Carte Lechaud

De facture très élégante, ce pigeonnier octogonal (XVIe siècle), appareillé en damier de briques roses et de pierres de taille, n’est pas sans évoquer la Normandie toute proche.

Cet ensemble classé monument historique (1997) comprend de nombreux bâtiments de ferme dont un très beau pigeonnier à pied circulaire (1620) et un château style XVIIIe bâti au XIXe siècle. (Serans, Oise.)

Coiffé d’un chaperon de tuiles plates, ce mur d’enceinte est rythmé de chaînages verticaux harpés qui consolident et solidarisent la maçonnerie de moellons calcaires liés à la chaux.

D’influence urbaine, cet ancien presbytère (XVIIIe siècle) affiche une belle ordonnance avec sa façade en pierres de taille, percée de hautes fenêtres.

Précédée d’un porche en pierres de taille, cette magnifique ferme d’origine seigneuriale (XVIe-XVIIIe siècles) dresse ses bâtiments en enfilade le long d’une rue. Un logis ajouré de fenêtres à meneaux et un colombier hexagonal à corniche sculptée dominent la cour.

Merveille d’architecture laissée à l’abandon, « la ferme du petit château » de Menouville est formée d’une porterie (XVe siècle) dont le pignon sud est flanqué d’une imposante souche de cheminée en pierre. Un pigeonnier octogonal domine le long bâtiment de la grange.

Pour augmenter la surface habitable (nouvelle chambre, atelier, garage...), on peut bâtir de petites extensions inspirées des volumes existants. Une annexe avec toiture en appentis, élevée dans le prolongement d’un pignon, représente l’exemple même d’un agrandissement équilibré.

Riche région céréalière, le Vexin compte un maillage régulier de grandes fermes jadis liées à une seigneurie ou une abbaye. Ainsi, cette ferme tout en longueur, occupe-t-elle un ancien prieuré médiéval flanqué d’une tour (défense et guet).

Classé parmi « les Plus beaux villages de France », La Roche-Guyon se parcourt via de pittoresques ruelles pavées. Son donjon (XIIe sc) se dresse sur une falaise qui surplombe dans un parfait contraste un château de style classique.

Cette demeure restaurée avec sensibilité associe trois maisons de manouvriers. En partie ruiné, le pignon a été remonté avec des agglomérés puis enduit à la chaux naturelle. La finition grattée à la truelle rappelle les enduits de plâtre adhérants et lumineux utilisés jadis. Quelques rangs de moellons scellés à la base et au sommet du pignon évoquent l’appareillage d’origine et préservent sa lisibilité. L’enduit vient mourir à fleur de pierre. La toiture en auvent se compose de deux fermes et de pannes en vieux bois (chêne et châtaignier). L’ensemble est couvert d’un voligeage (planches rabotées) peint au lait de chaux. Architecte Frédéric Danton.

La cuisine est aménagée dans une extension bâtie à la perpendiculaire du pignon. En U, le plan de travail en béton armé carrelé repose sur des carreaux de plâtre. La toiture en auvent se compose de deux fermes et de pannes en vieux bois (chêne et châtaignier). L’ensemble est couvert d’un voligeage (planches rabotées) peint au lait de chaux. Architecte Frédéric Danton.

Adossés les uns aux autres, ces logis abritaient chacun une salle commune avec cheminée et une chambre à l’étage. Après drainage du sol, les maçonneries ont été consolidées et jointoyées (chaux et plâtre). La teinte (vert d’eau) des menuiseries (double vitrage en chêne et volets travaillés à l’herminette) participe au charme. Architecte Frédéric Danton.

Souvent indépendant de la ferme, le colombier à pied se compose d'une solide tour de maçonnerie ceinturée d'un bandeau de pierres de taille (larmier) empêchant l'intrusion des prédateurs. Précédé d'un porche à deux entrées en plein cintre (1858), celui-ci coiffé d'un toit conique (en poivrière), ajouré d'une lucarne d'envol, se dresse au coeur d'une authentique ferme de Grisy-les Plâtres.

Entourée de bâtiments construits en enfilade (granges, écuries...) et bordée d'un mur d'enceinte, la ferme à cour fermée s'apparente parfois à une « forteresse rurale » ! Un porche d'entrée y donne accès. Celui-ci, plutôt élégant, est un édifice porté par deux constructions massives en maçonnerie couronnées d'un arc en anse de panier que protège un toit à quatre eaux de tuiles plates.

Etabli sur l’Epte depuis le XVIIIe siècle, le moulin de Fourges conserve sa roue verticale. Régulée par une dérivation, l’eau venait frapper ses pales en bois qui, via un axe horizontal et un rouet, transmettaient leur mouvement à des meules (gisante et courante) destinées à écraser le grain. En toiture, on distingue encore deux lucarnes-portes.

Ceinturée de plusieurs dépendances, cette maison de maître flanquée de deux ailes charme par ses proportions et ses appareillages de brique. Au centre de la cour, symboles de la Normandie : les pommiers à cidre.

Harmonieuses, ces maisons adossées, mais détachées les unes des autres grâce à leurs volumes distincts, alternent pans de bois, briques et maçonneries mixtes.

« Tous les chemins mènent à Rome » aiment à plaisanter Jacques et Micheline Renaut. Anciens producteurs de lait, beurre et fromage, ces passionnés de traditions paysannes ont créé en 1987 l’insolite Musée de la Ferme de... Rome. On y découvre une riche collection d’objets et d’outils (1895-1960), patiemment glanés et mis en situation : tampons à beurre, balance à beurre, sellette (petit siège à trois pieds) pour la traite des vaches, boîtes à petits-suisses, moule à camembert en bois, pots à lait, barattes, anciennes réclames... Autant de témoignages de savoir-faire disparus que Micheline et Jacques évoquent avec passion. Dégustation de cidre, jus de pomme et sablés au beurre concluent cette aimable visite. Ferme de Rome. 27480 Bézu-la-Forêt. Tél. : 02 32 49 66 22 (www.fermederome.fr)

Bien proportionnée et mêlée d’influences urbaines, cette maison de bourg dresse des façades symétriques. Les parements de briques sont enduits, mis à part les encadrements et bandeaux qui en soulignent l’architecture.

Depuis les collines qui dominent Les Andelys, on profite d’un beau panorama sur la vallée de la Seine bordée de coteaux crayeux. Les ruines de Château-Gaillard lui font face. Bâtie en 1196 par Richard Coeur de Lion, la forteresse étage plusieurs enceintes jusqu’à un donjon couronné de mâchicoulis.

« Plus beaux villages de France », Lyons-la-Forêt est un bourg typiquement normand blotti au creux de la vallée de la Lieure au coeur d’une des plus belles hêtraies d’Europe (10 500 hectares). Au hasard des rues, s’y égrènent demeures à colombages et petites maisons de brique.

Le château de Vascoeuil est un bel exemple de forteresse (XIIIe-XVe siècles) remaniée en résidence noble (XVIIIe siècle). Depuis 1970, il abrite un centre d’art et d’histoire et le musée Michelet. Remarquable, son colombier à échelle tournante.

Maçonnerie traditionnelle, enduit à la chaux, taille de pierre... Adeptes du bel ouvrage, Jean-Jacques Petit et son fils Eric redonnent vie au bâti ancien, notamment à celui du Vexin normand. Leurs compétences s’associent sur les chantiers : plâtrerie et maçonnerie pour Jean-Jacques (depuis 1966); taille de pierre et sculpture pour Eric (depuis 1995). Souci du détail, respect des matériaux et des appareillages signent leur savoir-faire, comme en témoignent leurs réalisations : enduits à la chaux et sable de carrière (à fleur de pierre), murs de clôture, encadrements de portes et fenêtres, escaliers, portail en pierre de taille, etc. Aux truelles de jadis. 4, rue Marc. 27510 Fontenay-en-Vexin. Tél. : 02 32 53 45 97. Fax. : 02 32 52 29 93.

Qu’il s’agisse de tailler une lucarne, une pierre d’évier ou une cheminée, de restaurer une façade avec ses encadrements en pierre de taille ou de personnaliser une maison, Jean-Michel Bouchard intervient avec une égale maîtrise. Une formation à la Fédération compagnonnique des Métiers du Bâtiment suivie d’un tour de France (1983-1992) lui ont forgé une solide expérience. De retour dans son village natal - dont il est maire aujourd’hui -, ce passionné crée son entreprise en 1999. Maisons de pays, lavoirs, fontaines, églises... les chantiers sont variés ! Spécialité de ce Meilleur Ouvrier de France (2004), la construction d’escaliers massifs et sur voûte sarrasine ! JMB Taille de pierre. 25, rte Nationale. 60240 Fresnes-L’Eguillon. Tél. : 03 44 08 85 09. (www.jmbtailledepierre.free.fr)

    A l’ouest du département du Val d’Oise, aux limites de la moderne agglomération de Cergy-Pontoise, le Vexin déroule un vaste plateau calcaire d’une soixantaine de kilomètres de long sur quarante de large. Délimité par plusieurs vallées, celle de l’Oise (à l’est), de l’Epte (à l’ouest) et de la Seine (au sud), il s’étire encore vers le sud du département de l’Oise avant de prendre fin à la lisière nord des Yvelines. Légèrement plat, il n’est pas moins vallonné grâce aux buttes boisées (de cent soixante-dix à deux cent vingt mètres de hauteur) qui le jalonnent. Des vallons souvent secs et des vallées traversées de cours d’eau (Aubette, Montcient, Viosne, Sausseron...) l’entaillent, ménageant de belles plaines alluviales.

    Le Vexin français. Un habitat homogène

    « Si proche, si dépaysant », ainsi peut se résumer le caractère du Vexin. Avec ses étendues de blé, ses villages au clocher fédérateur et ses falaises crayeuses qui épousent les boucles de la Seine, ce pays préserve tous ses charmes. Situé au nord-ouest de la région parisienne, il abrite une paisible campagne échancrée de fraîches vallées. Recouvert de limons fertiles, le plateau qui le porte (1400 km2) est le domaine « des blés » (c’est-à-dire de toutes les céréales) depuis le Moyen Âge, et de l’élevage. Peuplé depuis la préhistoire, le Vexin tient son nom de la tribu gauloise des Veliocasses qui l’occupait jusqu’à Rouen. Au néolithique, l’homme pratique l’agriculture et l’élevage, érigeant dolmens et menhirs.

    Terre frontalière
    Après la conquête romaine, le peuplement s’organise autour de villae (grandes fermes) et de vici (villages) réunis par des chaussées reliant Paris à Rouen, Beauvais et Chartres. Au IXe siècle, les Vikings remontent la Seine dans leurs drakkars, se livrent au pillage et terrorisent les populations. Pour y mettre fin, Charles III le Simple cède à leur chef, Rollon, les terres situées à l’ouest de l’Epte. Ainsi en 911, le Vexin est-il scindé en deux territoires, l’un dit « Vexin français », l’autre dit « Vexin normand ». L’Epte marque la frontière entre le royaume de France et la Normandie que vont se disputer jusqu’en 1441, les rois de France et les successeurs de Rollon, devenus ducs de Normandie et rois d’Angleterre. Préservé de l’urbanisation, le Vexin français présente un habitat spécifique de bourgs compacts ponctués de grandes fermes céréalières. Les villages sont volontiers implantés à flanc de colline ou dans le creux d’un vallon pour réserver les sols des plateaux fertiles à la culture des céréales.

    Continuité de l’habitat
    La région offre une véritable unité architecturale née de l’utilisation des matériaux locaux (pierres calcaires, meulières, grès), des enduits au plâtre et à la chaux... et de la continuité du bâti aux volumes modestes. Rectangulaires et de faible hauteur, les maisons sont tantôt mitoyennes, tantôt bordées de longs murs de clôture. Elles dessinent une trame minérale ininterrompue, à l’origine de cet effet d’harmonie.

    Une maison de bourg simple et fonctionnelle
    Dressées en moellons, les façades ne comptent souvent qu’un étage. Les fenêtres sont rares pour limiter les ouvrages de couronnement (linteau, arc...) et les fuites thermiques. Implantées de façon irrégulière, elles sont plus hautes que larges avec des vantaux à six carreaux. Elles sont encadrées de pierres de taille et surmontées d’un linteau en pierre ou chêne (dissimulé sous un enduit de plâtre). Les angles des murs sont renforcés par des chaînes d’angle « en besace » qui superposent une pierre longue-une pierre courte, de la base au sommet des murs. Les façades étaient protégées par un enduit de plâtre gros ou de chaux (ou un mélange des deux) dont la teinte varie du blanc crayeux au gris patiné ou parfois légèrement ocrée par un sable de carrière. En décor, seuls quelques bandeaux soulignent cette architecture sobre tandis qu’une corniche moulurée (en plâtre) ou sculptée de modillons (en pierre de taille) adoucit l’arrivée du toit. A deux versants, la toiture accuse une inclinaison qui oscille entre 35 et 50°. Elle est coiffée de tuiles plates qui ne débordent pas sur les pignons.

    Grandes fermes céréalières
    Isolée sur un plateau ou dressée à la lisière d’un village, la ferme à cour fermée se distingue par son plan en quadrilatère et son aspect retranché : de l’extérieur, elle présente souvent de longs bâtiments aveugles reliés par un mur d’enceinte. Un porche dimensionné pour les charrois et le bétail donne accès à la vaste cour. Autour s’organisent les bâtiments d’exploitation. Maintes fermes conservent un colombier à pied, symbole de richesse, dressé au centre de la cour. Perpendiculaire au porche ou en fond de cour, la maison de maître (XVIIIe siècle) se distingue par ses élégantes façades en pierres de taille.

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