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Le Cantal chefs-d'oeuvre de pierre

Hauts plateaux aux coulées basaltiques, pâtures des montagnes, collines de la Xaintrie et de la Châtaigneraie au charme déjà méridional... Façonné par la géologie et le pastoralisme, l’habitat original de cette Auvergne du sud en traduit l’histoire.

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Disséminés sur les versants, les burons abritaient laiterie et cave à fromages pour fabriquer le cantal lorsque les vaches parcouraient les estives. Près de Salers, deux d’entre eux ont été restaurés et invitent à découvrir cette tradition pastorale. Photo Alain Chaignon

Assise sur une table volcanique, Saint-Flour est classée « Ville et Pays d’Art et d’Histoire ». Ancienne capitale de Haute-Auvergne (surnommée « Fort Cantal » sous la Révolution), elle groupe ses nobles demeures autour de la cathédrale Saint-Pierre aux puissantes tours. A ses pieds, la ville basse avec son église était le quartier réservé des artisans tanneurs. Photo Alain Chaignon

Heureusement préservé, le hameau de La Rouquette offre une halte paisible et instructive sur l’architecture rurale de la Châtaigneraie

Dans le cadre de l’Ecomusée de Margeride, la ferme Pierre Allègre invite à découvrir la vie d’une famille paysanne. Edifiée entre 1788 et 1844, elle regroupe deux bâtiments : le logis à étage (à gauche) précédé d’une cour pavée ombragée par un noyer séculaire, et la grange-étable à deux niveaux (à droite). La porte du logis bénéficie d’un traitement très soigné : jambages en pilastre, entablement barré d’une traverse moulurée délimitant une imposte demi-ovale. Au-dessus de la corniche, le millésime (1844) et le nom du propriétaire sont sculptés dans la roche tandis qu’une croix protectrice et deux coeurs surmontant un cercle ornent le second entablement.

La grange abrite l’étable, au rez-de-chaussée. Sept à huit vaches et deux génisses y étaient attachées le long du mur opposé à la porte d’entrée tandis que quelques moutons se tenaient de l’autre côté. Accessible par une rampe (« montada »), la grange coiffée d’une charpente sans entrait pouvait stocker autant de fourrage que possible. Grâce à des trappes ménagées dans le plancher, en troncs et planches de sapin, le foin était lâché dans les râteliers des crèches.

Le four à pain comprend un bâtiment rectangulaire où la pâte était pétrie et mise à fermenter dans une maie. L’abside en coupole abrite le four proprement dit. On le chauffait avec du petit bois, puis on retirait les braises pour enfourner pains et pâtisseries.

Emblématique des régions d’élevage, cette superbe grange-étable, sise au fond d’un domaine à cour fermée, est couverte d’une toiture à croupe dont l’égout est relevé grâce à des corbeaux en granit. Arc en anse de panier et chaînes d’angle en orgue basaltique sont remarquables. Ce domaine agricole appartenait sans doute à une famille noble ou bourgeoise qui en confiait l’exploitation à un métayer.

Appareillage de mur avec moellons ou parements de basalte et granit à gros cristaux. Les encadrements de baie sont taillés dans du granit à grains fins.

Dressée sur de hautes terres volcaniques, cette ferme menaçait ruine. Audacieux, Marie-Julie et Samuel Houdemont se sont attachés à restaurer la partie habitation (1864). Enduits à la chaux, planchers et lambris en bois de pays non traité, isolation en laine de bois et ouate de cellulose, poêles à bois et cantou invitent à un séjour très sain. (Gîte Fortuniès)

Dans la vallée de l’Alagnon, Murat, ancienne cité fortifiée, se déploie entre trois cheminées volcaniques.

Etabli à 1050 mètres d’altitude, le village de Niervèze (Thiézac) conserve deux fermes bloc à terre aux toits couverts de paille de seigle. Restaurées dans les règles, elles invitent à découvrir la vie d’une famille montagnarde du XIXe siècle.

Sur le rebord d’une planèze à 950 mètres d’altitude, Salers est un joyau d’architecture. Ancienne cité judiciaire, elle conserve son allure médiévale et Renaissance avec ses demeures flanquées d’élégantes tourelles et taillées dans la lave volcanique. Alentour, les prairies sont le domaine des salers, vaches à la robe acajou et aux cornes en forme de lyre.

Autour de Cassaniouze, les versants, crêtes et vallées encaissées qui filent vers le Lot portent un habitat dispersé de villages ou hameaux où s’égrènent encore quelques fermes avec leurs annexes.

Aux environs de Calvinet, ce manoir du XVIe siècle charme par l’imbrication de ses corps de logis et tours. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les dépendances qui l’entourent (séchoir, logis avec grange-étable...) composaient l’exploitation confiée à un métayer.

La toiture en capuchon de cette tourelle, sommée d’un épi de faîtage, ne manque pas d’allure. Bien disposées, les lucarnes à capucine (trois pans) rythment avec élégance l’autre versant du toit.

Monumentale, cette grange-étable accessible par une large rampe force l’admiration avec son porche à piliers en pierre de taille, couronné d’un toit en pavillon ajouré de lucarnes. Photo Alain Chaignon

Précédée d’un riant jardin, cette propriété est l’une des rares de la région à avoir conservé son architecture d’origine. Elle se compose d’une modeste maison de journalier (début XVIIIe siècle) agrandie en 1819 d’une habitation plus cossue témoignant de l’enrichissement du propriétaire. Cette rénovation discrète et la remise en valeur de son cantou et de son aiguière sont dues à Albert Charles, délégué de Maisons Paysannes du Cantal. Elle abrite aujourd’hui deux chambres d’hôtes de charme (La Fournio).

    Le cantou, siège de la maisonnée

    Dans tous les cas, l’habitation abrite une cheminée (le cantou) encastrée dans l’un des pignons et couronnée d’un grand arc. Premier « meuble » de la maison, elle cumule des fonctions essentielles : on l’utilise pour se chauffer et s’éclairer mais aussi comme cadre de vie et d’échanges. Dans le foyer, pend la crémaillère réglable ou lou cromal. Autour de l’âtre crépitant - à l’intérieur duquel plusieurs personnes peuvent prendre place sur des bancs -, on cuit les aliments, on devise sur les travaux du jour et on finit l’ouvrage en cours, le soir à la veillée.

    Souvent, l’âtre du cantou s’ouvre sur un four à pain construit dans le prolongement du pignon. Plus loin, dans une annexe voûtée se trouve la souillarde (ou aiguière) éclairée par un fenestron. L’évier en granit, dans lequel on faisait la vaisselle, est percé d'un trou pour l’écoulement des eaux usées. La ferme de Pierre Allègre dans l’Ecomusée de Margeride (encadré ci-contre) met en scène des éléments du mobilier régional : table en pin avec rallonge, vaisselier, coffres, etc.

    Les monts du Cantal. Le buron, sentinelle pastorale

    Coeur géologique de la Haute-Auvergne, les monts du Cantal reposent sur le plus vaste édifice volcanique d’Europe. Nés des colères de la Terre, il y a onze millions d’années, ils délimitent un territoire en forme de cercle de 70 km de diamètre et 2700 km2 ! Leur formation résulte de titanesques éruptions puis d’explosions suivies d’une longue période d’érosion glaciaire durant laquelle les volcans démantelés ont été taillés, rabotés et sculptés. Vus d’en haut, les sommets du Cantal dessinent une immense étoile dont les branches abritent autant de vallées profondes et de cirques grandioses.

    A la tête de ce toit de l’Auvergne, se dresse le Plomb du Cantal (1858 mètres) qui livre de merveilleux panoramas jusqu’à la chaîne des puys, les Alpes et parfois même les Pyrénées. Alentour, telles des pyramides aux sommets rabotés, les puys Mary (1787 mètres), Griou, Violent, de Chavaroche... offrent un terrain propice à la randonnée et l’évasion où l’oeil s’égare vers les vallées toutes proches du Mars, de l’Alagnon, de la Cère, de la Jordanne... Sur leurs pentes, s’est développée une riche variété de milieux naturels. Prairies, pelouses tapissées d’anémones printanières, tourbières, landes. Sur les rochers, s’épanouissent en particulier le silène enflé et la potentille de Cranz.

    Un habitat saisonnier

    Petite exploitation conçue pour la fabrication du fromage, le buron est lié à l’estive (mise en pâture des vaches de mai à octobre). Cet habitat temporaire se rencontre dans tout le massif cantalien entre 900 et 1300 mètres d’altitude. On en comptait encore plus de mille dans le Cantal de l’après-guerre. Destinés à abriter les bergers et leurs bêtes, ils sont bâtis à la perpendiculaire d’un versant dans lequel ils s’enterrent au nord. De plan rectangulaire, le rez-de-chaussée abrite le logis du buronnier (côté sud), tandis que la laiterie et la cave voûtée prennent place dans sa partie enterrée (au nord). Elles profitaient ainsi de l’humidité et du froid nécessaires à la fabrication et à l’affinage des fromages. Sur le pignon opposé à la pente, une porte charretière donne accès à un fenil ou à une petite étable. En amont, un réservoir alimenté par une source laissait s’écouler l’eau vers la fromagerie.

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