Hauts plateaux aux coulées basaltiques, pâtures des montagnes, collines de la Xaintrie et de la Châtaigneraie au charme déjà méridional... Façonné par la géologie et le pastoralisme, l’habitat original de cette Auvergne du sud en traduit l’histoire.
Vertes estives à l’évocation alpestre, forêts majestueuses, force des Monts du Cantal... A la croisée du Midi, du Languedoc et du Limousin, le Cantal présente un concentré grandiose de géographie. Longtemps enclavé par le relief, c’est un pays rude, morcelé par le volcanisme et soumis à des climats très contrastés. Tout naturels qu’ils puissent paraître, les paysages sont en réalité profondément domestiqués. Pour développer l’élevage, les hommes ont défriché les versants, aménagé des estives, dressé des murs de soutènement, bâti des burons... Reflet de cet agro-pastoralisme, l’habitat, conçu en hauteur ou en longueur, associant ou dissociant les fonctions d’exploitation et d’habitation, est un livre d’architecture à ciel ouvert.
Née des coulées basaltiques du volcan cantalien, la Planèze de Saint-Flour occupe un vaste plateau incliné dont les terres fertiles lui ont valu le surnom de « Beauce du Cantal », mais située à mille mètres d’altitude, battue par les vents et couverte de neige l’hiver ! Au XIXe siècle, les cultures céréalières ont laissé place à de vastes pâturages pour l’élevage laitier. Les burons (petites exploitations destinées à la fabrication du fromage), qui ponctuent le paysage, rappellent cette pratique. Au sud-est de Saint-Flour, on atteint la Margeride et sa longue échine de granit qui déborde nettement en Haute-Loire et en Lozère. C’est une suite de hauts plateaux ponctués de chaos rocheux où alternent landes et forêts.
Dévolue aux ouvriers sans terre, qui travaillaient au jour le jour pour des propriétaires, la maison élémentaire - la barriade - compte une seule pièce où se déroulait toute la vie domestique. Sans grand confort, elle abritait la salle commune, un recoin pour la cuisine et la chambre avec ses lits en alcôve placés dans le fond, face à l’entrée. Les seules dépendances étaient une loge à cochon, parfois un poulailler et un clapier. Soucieux de ne pas trop s’isoler, le journalier cherchait à s’établir près des chemins, aux abords des villages. Ainsi les maisons étaient-elles parfois accolées les unes aux autres pour faire l’économie d’un mur pignon, formant ainsi un petit hameau en enfilade. Abandonné, transformé ou dénaturé, ce type d’habitat tend à disparaître.
La ferme bloc à terre réunit un bâtiment rectangulaire qui abrite le logis (8 à 10 mètres de long) et la grange-étable, laquelle peut atteindre 60 mètres de long ! Initialement de plain-pied (le rez-de-chaussée regroupait la salle commune et les chambres), l’habitation gagne au XIXe siècle un étage destiné aux chambres, ce qui entraîne une différenciation des toitures. Très proche dans la conception, la ferme planézarde se distingue par son logis conçu sur deux étages (dont l’un sous comble). L’habitation se détache ainsi de l’exploitation par sa façade plus élevée, ajourée de fenêtres symétriques, et sa toiture à deux pans - avec ou sans croupes -, de laquelle émergent de hautes souches de cheminée.
Le comble en surcroît est ajouré de baies en attique qui rendent inutile la présence de lucarne. Dotée de pièces distinctes (salle commune, chambres, cuisine...), elle traduit l’enrichissement de la paysannerie avec l’essor de l’élevage. Typique des zones montagneuses, la grange-étable est une construction massive aussi caractéristique qu’impressionnante. Couverte d’une lourde toiture de lauzes, elle abrite deux niveaux très vastes. En bas, prend place l’étable où logeaient les troupeaux l’hiver. Couvert par une charpente de chêne très pentue qui évoque une coque de bateau renversée, l’étage abrite un volume digne d’une cathédrale pour stocker les fourrages durant les longs frimas. Une rampe (appelée montade ou mounti) y conduit, formée par une levée de terre adossée à la façade.
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