Déployées de part et d’autre du parc naturel de la Vanoise, les vallées du Beaufortain, de Tarentaise et de Maurienne partagent une culture alpine vivante et des contraintes montagnardes fortes. Cependant, derrière l’apparente uniformité de leur manteau neigeux, chacune possède ses spécificités économiques et ses singularités architecturales.
Sophie Giagnoni. Photos Antonio Duarte (mars 2010)
De la verte vallée du Beaufortain aux sommets pierreux de haute Maurienne, la Savoie recèle une grande variété de paysages, de ressources et de climats, à laquelle répond une véritable diversité du bâti. Dans chaque village, chaque hameau, les hommes ont édifié leurs demeures en puisant leurs matériaux dans les ressources naturelles locales, en forgeant des techniques adaptées à la pente et au sol sur lesquels ils devaient construire ; chalets en bois du Beaufortain, maisons à colonnes en Tarentaise, maisons à jambage en Maurienne. L’isolement et les rivalités ont achevé de singulariser leurs solutions, dans ce pays où le nombre de patois avoisinait autrefois celui des villages.
Dressé au débouché de la combe de Savoie et du val d’Arly, le Beaufortain s’inscrit géographiquement dans les Alpes du Nord. Sa situation aux pieds du Mont-Blanc lui vaut des précipitations deux fois supérieures à la moyenne nationale. Un arrosement naturel, conjugué à un bon ensoleillement et à une altitude moyenne de 1600 mètres lui assurent une grande richesse forestière. Sur les quelque 27000 hectares de son territoire, environ 8500 sont occupés par la forêt.
Lorsque celle-ci s’efface, c’est pour céder la place à de vastes alpages ou à de grasses prairies. Ces ressources naturelles ont très tôt conditionné le développement économique du Beaufortain, dont les habitants vivent aujourd’hui encore largement de l’agriculture et de l’exploitation forestière.
L’industrie et le tourisme n’ont fait là qu’une entrée discrète. Une seule station, créée de toutes pièces autour du concept du ski, est apparue dans le massif, Les Saisies.
Très préservés, le paysage et l’habitat demeurent ici étroitement liés aux activités traditionnelles. Parallèlement, les hommes perpétuent les modes de construction mis au point par leurs ancêtres lesquels ont implanté leurs villages au fond des vallées mais ont, dans le même temps, disséminé leurs constructions dans l’ensemble du massif.
Les hameaux situés sur les coteaux les mieux exposés et les nombreux chalets d’alpage dispersés sur les pentes hautes marquent le paysage de leur foisonnement. Leur abondance résulte d’un nomadisme agricole saisonnier, caractérisé par le déplacement régulier des troupeaux durant toute la période d’estive. Certains éleveurs possèdent aujourd’hui encore jusqu’à dix de ces habitations temporaires, appelées « remues », qui permettent d’offrir à leurs vaches une herbe toujours à maturité, et une progression graduelle vers les sommets.
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