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La Savoie, des vallées de pierre et de bois

Déployées de part et d’autre du parc naturel de la Vanoise, les vallées du Beaufortain, de Tarentaise et de Maurienne partagent une culture alpine vivante et des contraintes montagnardes fortes. Cependant, derrière l’apparente uniformité de leur manteau neigeux, chacune possède ses spécificités économiques et ses singularités architecturales.

Sophie Giagnoni. Photos Antonio Duarte (mars 2010)

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Sous leur manteau de neige, tous les bourgs de montagne se ressemblent. Pourtant chacun possède ses caractères architecturaux. Ici, le village de Hauteluce (Beaufortain). Constitué de chalets, où le bois domine, et de quelques grosses demeures villageoises, il se déploie le long d’une rue principale. Sur le versant qui lui fait face, les chalets isolés foisonnent. Photo G. Lansard

Le bois et la pierre sont les deux principaux matériaux offerts par le milieu montagnard. Leur proportion dans l'habitat reflète la part que chacun occupe respectivement dans le paysage environnant. Ainsi le bois l'emporte-t-il dans le Beaufortain, couvert de forêts d'épicéa, tandis que la pierre s'impose là où le minéral domine, comme à Bonneval-sur-Arc, en haute Maurienne. Photo G. Lansard

Ce chalet d'alpage, appelé « montagnette », reprend les principes de construction en oeuvre dans les villages de la vallée. En mur maçonné, couvert de lauzes et surmonté d’une haute cheminée, il ne comporte que très peu de bois. Si les éleveurs beaufortains possédaient jusqu'à dix « remues », les Tarins et les Mauriennais ne possédaient souvent qu'une « montagnette ».

Destinées à chauffer la maison durant tout l’hiver, les réserves de bois apparaissent artistiquement stockées le long des chalets. Autrefois adossées uniquement aux murs de soubassement en pierre, dont elles étaient séparées par une lame d’air, elles participaient à l’isolation de la maison, comme les importantes quantités de foin engrangées.

Des petits greniers indépendants se dressent à proximité des fermes. Les familles y renfermaient leurs possessions de valeurs : graines pour les futures semences et costumes de fête dans la partie haute ventilée en bois ; provisions de bouche dans la partie basse plus fraîche et humide.

Le bois est très présent aussi dans les intérieurs, habillant les murs, les sols ou les plafonds. La récupération de vieux bois est une pratique courante pour les chantiers de rénovation et il n’est pas rare de trouver d’anciennes mangeoires recyclées en garde-corps d’escalier. Ce dernier était autrefois absent des intérieurs, la circulation entre les différents niveaux de la maison se faisant par l’extérieur.

Bien assises dans la pente, les fermes chalets du Beaufortain présentent plusieurs entrées de plain-pied. Celles situées à l’amont permettent un accès aisé à la grange.Leurs importants débords de toiture protègent la circulation entre ces différentes ouvertures. Photo © L. Fleury

Les villages et hameaux du Beaufortain s’étirent le long d’un ou deux axes de communication qui peuvent être perpendiculaires ou parallèles à la pente. Ce hameau classé depuis 1943, le Boudin, rassemble de superbes chalets traditionnels, étagés entre 1230 et 1380 mètres d’altitude.

La ferme typique du Beaufortain présente un soubassement en pierres enduites et une partie haute en bois constituée d’un empilage de madriers. La partie en pierre du premier étage renferme l’habitation ; celle en bois qui la jouxte, la grange. Plus la partie habitation est grande, plus elle révèle le bien-être de ses propriétaires. Photo © J.-L. Fourtanier

Les façades des fermes traditionnelles affichent un grand nombre de balcons en bois. Ils s’étirent le long des granges, protégés de quelques sobres montants en bois. Dotés d’une vocation agricole, ces « solarets » sont utilisés pour le séchage des foins et le mûrissement des légumes.

L’habitat en Tarentaise est de type groupé. Les maisons se massent autour du four à pain, d’une église, séparées par d’étroites ruelles escarpées, comme ici au hameau des Béranger, rattaché à la commune de Saint-Martin-de-Belleville

Cette ancienne ferme restaurée de haute Tarentaise présente une architecture essentiellement minérale, jusqu’à son balcon maçonné, pourvu d’un garde-corps en fer forgé. Inscrite dans la pente, elle offrait autrefois une entrée en amont pour la grange, une entrée en aval pour l’étable et l’habitation.

Typique de la vallée des Belleville, cet ensemble restauré s’organise autour d’une ferme massive en pierre apparente. Soutenue par de solides contreforts en pierre, l’étroite maison enduite de « grilla » servait d’habitation d’été. Le petit cabanon enduit abritait des toilettes extérieures ; la construction basse en pierre apparente, qui lui
fait face, une porcherie.

Les colonnes maçonnées de cette maison soutiennent une avancée de toit qui abrite l’entrée, une petite cour et un balcon séchoir. Les poutres du balcon prennent appui sur ces colonnes ou les traversent tout bonnement. Très courantes dans le Piémont italien, ces maisons à colonnes se rencontrent en Tarentaise, entre Bourg-Saint-Maurice et Sainte-Foy-Tarentaise. Photo © A Royer - OT Sainte-Foy

Seul village de haute Maurienne épargné par les destructions allemandes en 1944, Bonneval-sur-Arc conserve une architecture typique des hautes vallées montagnardes. Ses vieilles maisons en pierre, basses et compactes, se fondent harmonieusement dans le paysage minéral.

Construits en pierres massives, les murs de cette maison portent une épaisse toiture de lauzes faiblement inclinée. La neige qui s’y accumule contribue à isoler l’intérieur. Le bois apparaît à peine, utilisé pour la porte et son linteau, ainsi que pour un chaînage de poutres qui fait le tour de la maison.

Située à Jarrier, cette maison conserve l’architecture à jambage typique de cette commune. Accolées à ses murs et calées sur d’épaisses pierres plates, les poutres supportent la charpente. En cas de glissement de terrain, phénomène courant sur ce territoire, les poutres peuvent être redressées.

Les balcons dénudés de haute Maurienne portent des empilements de « grebons », agglomérats de bouses de moutons et paille qui, une fois séchés, servaient autrefois à alimenter les poêles.

    De la verte vallée du Beaufortain aux sommets pierreux de haute Maurienne, la Savoie recèle une grande variété de paysages, de ressources et de climats, à laquelle répond une véritable diversité du bâti. Dans chaque village, chaque hameau, les hommes ont édifié leurs demeures en puisant leurs matériaux dans les ressources naturelles locales, en forgeant des techniques adaptées à la pente et au sol sur lesquels ils devaient construire ; chalets en bois du Beaufortain, maisons à colonnes en Tarentaise, maisons à jambage en Maurienne. L’isolement et les rivalités ont achevé de singulariser leurs solutions, dans ce pays où le nombre de patois avoisinait autrefois celui des villages.

    Le Beaufortain, le pays des mille chalets

    Dressé au débouché de la combe de Savoie et du val d’Arly, le Beaufortain s’inscrit géographiquement dans les Alpes du Nord. Sa situation aux pieds du Mont-Blanc lui vaut des précipitations deux fois supérieures à la moyenne nationale. Un arrosement naturel, conjugué à un bon ensoleillement et à une altitude moyenne de 1600 mètres lui assurent une grande richesse forestière. Sur les quelque 27000 hectares de son territoire, environ 8500 sont occupés par la forêt.

    Lorsque celle-ci s’efface, c’est pour céder la place à de vastes alpages ou à de grasses prairies. Ces ressources naturelles ont très tôt conditionné le développement économique du Beaufortain, dont les habitants vivent aujourd’hui encore largement de l’agriculture et de l’exploitation forestière.

    Un territoire préservé

    L’industrie et le tourisme n’ont fait là qu’une entrée discrète. Une seule station, créée de toutes pièces autour du concept du ski, est apparue dans le massif, Les Saisies.

    Très préservés, le paysage et l’habitat demeurent ici étroitement liés aux activités traditionnelles. Parallèlement, les hommes perpétuent les modes de construction mis au point par leurs ancêtres lesquels ont implanté leurs villages au fond des vallées mais ont, dans le même temps, disséminé leurs constructions dans l’ensemble du massif.

    Les hameaux situés sur les coteaux les mieux exposés et les nombreux chalets d’alpage dispersés sur les pentes hautes marquent le paysage de leur foisonnement. Leur abondance résulte d’un nomadisme agricole saisonnier, caractérisé par le déplacement régulier des troupeaux durant toute la période d’estive. Certains éleveurs possèdent aujourd’hui encore jusqu’à dix de ces habitations temporaires, appelées « remues », qui permettent d’offrir à leurs vaches une herbe toujours à maturité, et une progression graduelle vers les sommets.

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