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La Charente Maritime Douceur océane de Ré à Oléron

Entre Poitou et Aquitaine, la côte charentaise est aussi terrienne que maritime. Aux contours morcelés et battus par les vents des îles répondent les fortifications des villes du littoral. Maisons de pêcheur, saunier ou vigneron, cabanes ostréicoles et demeures d’armateur campent ce caractère océanique et rural.

ZOOM

Aménagées dans d'anciens marais côtiers, les « claires » sont des bassins riches en plancton, mêlant eau douce et eau salée, où sont affinées les huîtres. Façonné pour l'élevage des « fines de claire », le bassin de Marennes Oléron dessine un labyrinthe miroitant de parcs ostréicoles.

Les teintes vives des « cabanes » et des maisons de pêcheurs sont souvent mises en scène dans un jeu très graphique.

À partir du XVe siècle, sur l'île de Ré, une centaine de moulins à vent fournit la farine nécessaire aux habitants. Ici, le moulin du Morinant, le dernier à avoir conservé ses ailes.

Jolie lucarne en oeil-deboeuf, appareillée en pierres de taille et surmontée d'un épi de faîtage.

Au large de La Rochelle, Ré est prisée des estivants pour ses villages, ses plages et ses lumières généreuses. Le petit port de pêche et de plaisance de Saint-Martin-de-Ré en est la capitale.

Au hasard des rues pavées de Saint-Martin-de- Ré, on découvre un habitat bien restauré grâce à des règles d’urbanisme strictes. Quelques maisons à pans de bois y alternent avec des demeures de maître agrémentées d’une cour, et d’anciennes maisons de sauniers et de pêcheurs.

Flanquée de deux ailes, cette belle demeure, bâtie en 1712, ne manque pas de noblesse avec ses façades en pierre de taille ajourées de baies alignées. Précédée d'une cour pavée, elle fut la propriété de Jean Masseau de Beauséjour, seigneur de la baronnie de l'île de Ré. Aujourd'hui, elle accueille des chambres d'hôtes de caractère. (Domaine de la Baronnie.)

Dans le tournant de la ruelle, une façade des plus harmonieuse. Sur un fond d’enduit à la chaux, se détache le gris lumineux des volets, pleins au rez-dechaussée et persiennés à l'étage, selon l’usage.

Les plantes habillent et colorent les façades au plus près. Demeure du XIXe siècle à Saint-Martin-de-Ré. (La Maison Douce.)

Le toit à quatre pentes couvre la maison à étage.Les constructions adossées respectent la simplicité des volumes et leur alignement.

Le vert des menuiseries distingue les villages rétais. Les autres couleurs (gris, bleu pâle, blanc ivoire...) sont aussi lumineuses.

À marée basse, le bassin de Marennes Oléron découvre les étendues sableuses des chenaux qui mènent vers les parcs à huîtres et les bassins d'affinage.

Amarrés le long d'un chenal, les bateaux accessibles par un ponton en bois paraissent attendre le retour de la mer...

Mur de délimitation d'un château à Saint-Jeand'Angle. Composé de deux parements en moellons de calcaire dur, il est régulièrement renforcé par des chaînes en harpe qui en assurent la cohésion.

Pimpants et rénovés dans l'esprit, ces deux logis distillent un petit parfum insulaire. À droite, la maison d'angle à escalier extérieur rappelle son origine paysanne tandis que celle de gauche, rectangulaire et de plain-pied, abritait une famille de pêcheurs.

Tout en longueur et sans étage, cette ancienne maison de pêcheur - située impasse des Pêcheurs - ne fait pas mystère de ses origines ! Peintes en vert de cuivre, les menuiseries s'inscrivent dans la tradition chromatique de l'île.

Cette maison d'armateur (XVIIIe siècle), flanquée de deux ailes qui délimitent une cour, ne manque pas de noblesse. Victimes des termites, les planchers et charpentes menaçaient pourtant ruine ! Après la dépose des structures bois, le sol a été décaissé pour y placer un film insecticide en polyéthylène, véritable barrière chimique.

Reconstruits à l'identique, les planchers sur solives et les charpentes sont en chêne et sapin. Posées sur un voligeage et liteaunage, les tuiles canal sont crochetées au fil de cuivre. Logée dans l'aile droite, la cuisine bien que fidèle à l'esprit des lieux a nécessité une rénovation d'envergure. Elle charme l'oeil avec son potager et sa cheminée en pierres de taille. L'armoire de style régional (réalisée surmesure) abrite réfrigérateur, four et micro-ondes. Pose au sol de terres cuites sur chape et dalle de béton, création du plancher à double solivage avec isolation phonique (on bénéficie ainsi de poutres apparentes tout en limitant les nuisances sonores). (Architectes B. Lachaud et H. Xhigness.)

La Cotinière, petit port de pêche, côté grand large, est toujours frétillant de vie avec ses bateaux et sa criée.

Superbe pavage en roche calcaire, posé à joints croisés.

À Pontaillac, la côte égrène de belles villas des années 30 et 50. Face à l'océan, les pontons mènent aux cabanes où sont suspendus à un mât les grands filets carrés, les « carrelets ».

La Villa Sola Mia est l'une des réalisations de Maurice Senusson (1895-1970), tailleur de pierre puis entrepreneur royannais spécialisé dans la construction de villas aux décors de briques couleur bleue. Sola Mia se signale par son plan en L doté d'un avant-corps latéral et sa galerie portée par des colonnes en pierres de taille.

La Villa Santa Margherita puise également ses détails d'architecture dans le répertoire de Maurice Senusson : bandeau en briques émaillées, chaînes d'angle alternant pierres de taille et briques bleues, parement en mosaïque.

À partir d'un vocabulaire architectural de base, Maurice Senusson s'emploie à éviter toute uniformité et répétition en multipliant les déclinaisons : plan rectangulaire avec un avantcorps central, balcon soutenu par des piliers en pierre de taille, allèges sculptées, arcs de briques bleues et clef traitée en drapé. Ainsi réalise-t-il la maison Coronis, simple mais non moins élégante.

    La maison dans sa région.

    Ponctué d'îles, de ports de commerce et d'arsenaux, ce carrefour maritime suscita toutes les convoitises ! Des siècles durant, Français, Anglais et Espagnols se disputèrent ses richesses (sel, vins, eau-devie...). De Ré à Oléron, une douzaine de forts veille sur la côte charentaise. De même que les grandes villes fortifiées : La Rochelle, « république marchande » tour à tour française et anglaise, catholique et protestante ; Brouage, incroyable citadelle bâtie au coeur des marais sur une plate-forme de pieux en chêne ; Rochefort, « plus grand arsenal du royaume » fortifié par Vauban avec ses forges, fonderie, tonnellerie et sa corderie royale. Loin de ces tumultes de l'histoire, on y converge désormais – pacifiquement - pour goûter à une douceur de vivre déjà méridionale.

    Ré la Blanche,Jardin sur l'océan.

    Façades blanches des maisons coiffées de tuiles canal rose, ruelles tapies sous les roses trémières, landes aux senteurs de myrte et romarin, plages de sable fin, l’île de Ré invite à la douceur de vivre. Reliée au continent par un viaduc, elle présente un insolite profil en hippocampe (de cinq cents mètres à cinq kilomètres de large sur vingt-cinq kilomètres de long). Une physionomie effilée qui tient à la réunion de quatre îlots par comblement naturel d’alluvions, et aux travaux d'endiguement des Rétais. Baignée par les eaux chaudes du Gulf Stream, elle profite d'un ensoleillement généreux. Tour à tour très découpée, bordée de dunes plantées de pins et de tamaris, trouée de marais où nichent courlis cendrés, pluviers argentés... sa côte est des plus variée !

    La concentration des habitations est l'une des caractéristiques de l'île où l’on évite d’empiéter sur les rares terres cultivables. Aussi le bourg forme-t-il une trame assez dense de maisons accolées. Ici et là, ruelles et venelles convergent vers une petite place appelée « quéreux » (carrefour). Souvent pavée, cette cour commune dotée d'un puits (parfois d'un four) facilitait les tâches collectives : puiser l’eau, battre le blé, etc. Si quelques maisons à pans de bois (XVIe-XVIIe siècles) subsistent, l'essentiel de l'habitat est monté en pierre. Quelques demeures de notables et hôtels particuliers sont bâtis au XVIIIe siècle dans les bourgs les plus importants de l'île (Saint-Martin-de-Ré, La Flotte-en-Ré...). Ce type d’habitation présente souvent deux ou trois niveaux, percés de baies classiquement alignées. Il est fréquemment flanqué d'une aile à ses extrémités.

    La maison du saunier

    Une ingénieuse structure en damier alterne chenaux, « vasais » (réserve d'eau de mer pour le marais), « métières » et « champs » (bassins d'évaporation), séparés par des bancs d'argile (« diguettes »). Avec un long râteau de frêne (le las), le paludier (ou saunier, producteur et vendeur de sel) écumait les cristaux de sel pour les rassembler en petits tas coniques caractéristiques. La maison du saunier est une bâtisse de plan rectangulaire (cinq mètres sur huit environ) dont l’unique entrée ouvre sur la salle commune. Ménagé dans l'un des angles, l'escalier conduit à l'étage où se trouve la « chambre haute » ajourée d'une ou deux fenêtres, disposées sans ordre précis. Basse pour échapper aux assauts des vents marins, la toiture n'abrite pas de comble habitable. De nos jours, une cinquantaine de « jardiniers de la mer », réunis en coopérative, exploitent 400 hectares de marais pour une production d’environ 2000 tonnes de sel par an.

    La maison du paysan-vigneron

    En 1880, cette autre ressource essentielle de l’île couvrait plus de 5000 hectares (soit près de 60% de la surface de l'île !). Destinés à la fabrication d'eau-de-vie, les vins blancs et rouges connaissent un succès inattendu vers 1880-1885. Épargnée en partie par le phylloxera, l'île profite d'une forte demande qui favorise l'essor de fortunes locales grâce au cours élevé du précieux breuvage. La maison du paysan-vigneron montre une façade plus équilibrée et abrite un volume simple mais confortable. Traditionnellement, l'accès au logis se faisait par l'arrière, depuis la cour ; la porte donnant sur la rue étant réservée aux grandes occasions. Cette entrée est encadrée de pierres de taille autour de laquelle s'organisent les fenêtres. Elle est souvent flanquée d'un chai qui abrite le pressoir et parfois un alambic en cuivre pour distiller le vin en cognac. En 1812, on recense 385 « chaufferies
    à eau-de-vie » sur l'île. Après un long déclin, la viticulture retrouve un certain attrait. Engagés dans une démarche de qualité, les vignerons élaborent des vins de pays, du pineau des Charentes et des cognacs appréciés.

    Couleurs entre terre et mer.

    Souvent bâties en moellons tendres (calcaire du jurassique), les façades étaient protégées par un enduit à la chaux aérienne produite par une dizaine de fours verticaux. Attestés depuis le XVIIe siècle, ils dressent un conduit conique, chemisé intérieurement de briques, que l'on remplissait de pierres prélevées au pied des falaises ou sur des bancs rocheux situés au large de l'île. À demi excavé, le foyer prend place en dessous. Une voûte ajourée de trous permettait le passage des flammes et la montée en température. Aujourd'hui, seul subsiste le four à chaux de La Couarde-sur-Mer.

    Utilisée pour le traitement de la vigne, la chaux était surtout employée pour chauler les façades. À la brosse, on appliquait un lait de chaux sur l'enduit. Dans les villages côtiers, il était de tradition de protéger le bas des murs avec une couche de goudron (« coaltar »). Utilisé pour calfater les coques de bateaux, ce goudron extrait de la houille était jadis apporté par les navires des pays nordiques. Cette pratique s'explique peut-être par la nécessité de protéger la maison - comme les embarcations - des vents chargés d'embruns ! Les volets étaient couverts d'une peinture verte à base d’oxyde de cuivre. Au rez-dechaussée, ils sont formés de lames de bois solidarisées par des contrevents (ou écharpes), tandis que les fenêtres de l'étage s'accommodent volontiers de persiennes. Une distinction qui allège l’aspect de la façade.

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