Entre Poitou et Aquitaine, la côte charentaise est aussi terrienne que maritime. Aux contours morcelés et battus par les vents des îles répondent les fortifications des villes du littoral. Maisons de pêcheur, saunier ou vigneron, cabanes ostréicoles et demeures d’armateur campent ce caractère océanique et rural.
La maison dans sa région.
Ponctué d'îles, de ports de commerce et d'arsenaux, ce carrefour maritime suscita toutes les convoitises ! Des siècles durant, Français, Anglais et Espagnols se disputèrent ses richesses (sel, vins, eau-devie...). De Ré à Oléron, une douzaine de forts veille sur la côte charentaise. De même que les grandes villes fortifiées : La Rochelle, « république marchande » tour à tour française et anglaise, catholique et protestante ; Brouage, incroyable citadelle bâtie au coeur des marais sur une plate-forme de pieux en chêne ; Rochefort, « plus grand arsenal du royaume » fortifié par Vauban avec ses forges, fonderie, tonnellerie et sa corderie royale. Loin de ces tumultes de l'histoire, on y converge désormais – pacifiquement - pour goûter à une douceur de vivre déjà méridionale.
Ré la Blanche,Jardin sur l'océan.
Façades blanches des maisons coiffées de tuiles canal rose, ruelles tapies sous les roses trémières, landes aux senteurs de myrte et romarin, plages de sable fin, l’île de Ré invite à la douceur de vivre. Reliée au continent par un viaduc, elle présente un insolite profil en hippocampe (de cinq cents mètres à cinq kilomètres de large sur vingt-cinq kilomètres de long). Une physionomie effilée qui tient à la réunion de quatre îlots par comblement naturel d’alluvions, et aux travaux d'endiguement des Rétais. Baignée par les eaux chaudes du Gulf Stream, elle profite d'un ensoleillement généreux. Tour à tour très découpée, bordée de dunes plantées de pins et de tamaris, trouée de marais où nichent courlis cendrés, pluviers argentés... sa côte est des plus variée !
La concentration des habitations est l'une des caractéristiques de l'île où l’on évite d’empiéter sur les rares terres cultivables. Aussi le bourg forme-t-il une trame assez dense de maisons accolées. Ici et là, ruelles et venelles convergent vers une petite place appelée « quéreux » (carrefour). Souvent pavée, cette cour commune dotée d'un puits (parfois d'un four) facilitait les tâches collectives : puiser l’eau, battre le blé, etc. Si quelques maisons à pans de bois (XVIe-XVIIe siècles) subsistent, l'essentiel de l'habitat est monté en pierre. Quelques demeures de notables et hôtels particuliers sont bâtis au XVIIIe siècle dans les bourgs les plus importants de l'île (Saint-Martin-de-Ré, La Flotte-en-Ré...). Ce type d’habitation présente souvent deux ou trois niveaux, percés de baies classiquement alignées. Il est fréquemment flanqué d'une aile à ses extrémités.
La maison du saunier
Une ingénieuse structure en damier alterne chenaux, « vasais » (réserve d'eau de mer pour le marais), « métières » et « champs » (bassins d'évaporation), séparés par des bancs d'argile (« diguettes »). Avec un long râteau de frêne (le las), le paludier (ou saunier, producteur et vendeur de sel) écumait les cristaux de sel pour les rassembler en petits tas coniques caractéristiques. La maison du saunier est une bâtisse de plan rectangulaire (cinq mètres sur huit environ) dont l’unique entrée ouvre sur la salle commune. Ménagé dans l'un des angles, l'escalier conduit à l'étage où se trouve la « chambre haute » ajourée d'une ou deux fenêtres, disposées sans ordre précis. Basse pour échapper aux assauts des vents marins, la toiture n'abrite pas de comble habitable. De nos jours, une cinquantaine de « jardiniers de la mer », réunis en coopérative, exploitent 400 hectares de marais pour une production d’environ 2000 tonnes de sel par an.
La maison du paysan-vigneron
En 1880, cette autre ressource essentielle de l’île couvrait plus de 5000 hectares (soit près de 60% de la surface de l'île !). Destinés à la fabrication d'eau-de-vie, les vins blancs et rouges connaissent un succès inattendu vers 1880-1885. Épargnée en partie par le phylloxera, l'île profite d'une forte demande qui favorise l'essor de fortunes locales grâce au cours élevé du précieux breuvage. La maison du paysan-vigneron montre une façade plus équilibrée et abrite un volume simple mais confortable. Traditionnellement, l'accès au logis se faisait par l'arrière, depuis la cour ; la porte donnant sur la rue étant réservée aux grandes occasions. Cette entrée est encadrée de pierres de taille autour de laquelle s'organisent les fenêtres. Elle est souvent flanquée d'un chai qui abrite le pressoir et parfois un alambic en cuivre pour distiller le vin en cognac. En 1812, on recense 385 « chaufferies
à eau-de-vie » sur l'île. Après un long déclin, la viticulture retrouve un certain attrait. Engagés dans une démarche de qualité, les vignerons élaborent des vins de pays, du pineau des Charentes et des cognacs appréciés.
Couleurs entre terre et mer.
Souvent bâties en moellons tendres (calcaire du jurassique), les façades étaient protégées par un enduit à la chaux aérienne produite par une dizaine de fours verticaux. Attestés depuis le XVIIe siècle, ils dressent un conduit conique, chemisé intérieurement de briques, que l'on remplissait de pierres prélevées au pied des falaises ou sur des bancs rocheux situés au large de l'île. À demi excavé, le foyer prend place en dessous. Une voûte ajourée de trous permettait le passage des flammes et la montée en température. Aujourd'hui, seul subsiste le four à chaux de La Couarde-sur-Mer.
Utilisée pour le traitement de la vigne, la chaux était surtout employée pour chauler les façades. À la brosse, on appliquait un lait de chaux sur l'enduit. Dans les villages côtiers, il était de tradition de protéger le bas des murs avec une couche de goudron (« coaltar »). Utilisé pour calfater les coques de bateaux, ce goudron extrait de la houille était jadis apporté par les navires des pays nordiques. Cette pratique s'explique peut-être par la nécessité de protéger la maison - comme les embarcations - des vents chargés d'embruns ! Les volets étaient couverts d'une peinture verte à base d’oxyde de cuivre. Au rez-dechaussée, ils sont formés de lames de bois solidarisées par des contrevents (ou écharpes), tandis que les fenêtres de l'étage s'accommodent volontiers de persiennes. Une distinction qui allège l’aspect de la façade.
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