Plaines cultivées - Kochersberg -, modestes collines et vallons encaissés - pays de Hanau -, contreforts des Vosges - Vignoble…, les paysages alternent et leur variété conditionne celle de la maison à pan de bois, symbole fort de l'identité alsacienne. Une pérennité servie par des artisans inventifs, talentueux dans le travail du bois, de l’argile et des matériaux naturels.
Le portail, signe de richesse
Comme dans le Kochersberg voisin, l'habitat type est la ferme à cour fermée bâtie en pans de bois sur un rez-de-chaussée élevé, lui, en maçonnerie et percé de soupiraux. Dans les exploitations des « Rossbüre » (gros propriétaires possédant des chevaux), la ferme est fermée par un imposant portail qui peut compter jusqu'à deux portes charretières flanquées d'un portillon pour les piétons. Chacune est encadrée de pierres de taille moulurées et sculptées d'ornements : oiseaux, coeurs, bouquets de fleurs stylisées plantées dans un vase ou un coeur, soleil en mouvement (« svastika »), vers lequel se tournent animaux (cheval, cerf...), soldats, etc. Si le porche est couronné d'un toit à deux pans coiffés de quatre à cinq rangs de tuiles plates, le portillon présente, lui, un linteau mouluré en arc surbaissé souvent surmonté d'une colonnade (trois colonnettes) d'inspiration Louis XIV en pierre ou en bois. Un balcon occupe souvent le haut du pignon le mieux exposé de la maison. « Signature du charpentier », il est formé d'une rampe à balustres qui repose sur les extrémités des poutres maîtresses laissées en porte-à-faux dans le prolongement du sol du comble.
Galeries sur pignon
Utilisée comme desserte des pièces de l’étage sous comble, cette galerie est protégée des intempéries par la croupe de la toiture aux rives débordantes. Dans le Kochersberg, il est fréquent de voir des balcons à balustres tournés (inspiration Louis XIII), tandis que dans le pays de Hanau s'observent des balcons doubles. Ces derniers superposent deux galeries bordées de balustres tournés de style Louis XIV. Ils sont l'oeuvre d'une lignée de charpentiers suisses installés à Zutzendorf, les Schini, qui ont donné leur nom à ces maisons à colombages.
Au pied des vignes. La part belle à la pierre
La proximité du Rhin a favorisé dès l'époque romaine l'exportation des vins de la région dans toute l'Europe. Petites républiques dotées du statut de ville, les villages du Vignoble rappellent cet âge d'or avec leurs façades cossues et leurs édifices publics richement ornés. A l'annonce des vendanges, ils résonnent d'une intense activité. Tel un fil reliant des perles, la Route des vins invite à s'aventurer vers les coteaux par de nombreux sentiers viticoles (Blienschwiller, Andlau, Mittelbergheim, Bernardswiller, etc.). Jadis enclos dans des remparts, les villages se blottissent au pied des collines sous-vosgiennes. Ce sont des bourgs compacts aux ruelles étroites, conçus pour se protéger des pillages et préserver les terres cultivables.
Modelée par la viticulture
Ici le pan de bois n'est plus exclusif et cohabite avec la pierre. La maison est logiquement bâtie sur une cave creusée dans un sol caillouteux voire rocheux. La proximité du massif vosgien (calcaire, grès des Vosges) autorise une construction toute en pierre ou souvent formée d'un rez-de-chaussée en maçonnerie que surmontent un ou deux étages, en pans de bois. A l'importance de l'activité viticole répondent d'imposants portails couronnés d'un arc en plein cintre ou en anse de panier, proportionné pour le maniement des tonneaux. Souvent, la clef de l'arc est gravée de l'année de construction et sculptée de l'emblème du métier (vigneron ou tonnelier). A côté, une porte plus petite prend place pour l'accès des piétons. Bâti sur cave, le logis est accessible depuis la cour par un escalier en grès, à une ou deux volées. Les façades enduites à la chaux sont rythmées d'ouvertures bien équilibrées que soulignent des encadrements de grès rose. A partir du XVIe siècle, l'essor de la vigne et l'éclosion de la Renaissance favorisent la construction de tourelles d'escalier (hexagonale ou octogonale) qui dominent le domaine. Une galerie couverte est souvent adossée à la façade sur cour, elle dessert les pièces de l'étage sans empiéter sur la surface de l'habitation.
Douces écailles
L'enchevêtrement des toitures coiffées de tuiles à bord arrondi contribue à l'identité du village alsacien. En usage depuis le XVe siècle, la tuile en « queue-de-castor » (« Biberschwanz ») est un peu bombée et présente deux stries tracées à la main qui permettent de canaliser l’eau de pluie.
Reportage réalisé par Alain Chaignon. Photos Antonio Duarte
Maison&Travaux N°221 Nov-Dec 2009
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