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L'Alsace du nord : bois, argile et innovatins

Plaines cultivées - Kochersberg -, modestes collines et vallons encaissés - pays de Hanau -, contreforts des Vosges - Vignoble…, les paysages alternent et leur variété conditionne celle de la maison à pan de bois, symbole fort de l'identité alsacienne. Une pérennité servie par des artisans inventifs, talentueux dans le travail du bois, de l’argile et des matériaux naturels.

ZOOM

Modèle d'ordre et d'harmonie, Hunspach dresse d'opulents corps de ferme en pans de bois coiffés de toitures pentues à croupe (XVIIIe-XIXe siècles). Dans les cours ouvertes sur la rue, les réserves de bois de chauffage font partie du décor. Photo Alain Chaignon

La maison type est presque toujours bâtie en pans de bois. Elle est formée d'une ossature de type « murs-charpente » à poutres et traverses assemblées à mi-bois ou à tenons et mortaises.

Bien des poteaux d’angle (cornier) présentent, en façade, un cartouche peint où se lisent les initiales des propriétaires, une date de construction, le tout encadré de divers motifs symboliques.

Vouée à la démolition, cette maison-atelier de tonnelier (1851) a été déposée pièce par pièce et fidèlement remontée : auvent couvert de tuiles plates en « queue-de-castor », pignon surmonté par une demi-croupe (pignon coupé), pans de bois losangés en renfort de structure sous les allèges de fenêtre… Deux très belles chambres y sont maintenant aménagées. La maison est située sur le domaine du moulin à eau de Gundershoffen dont les meules broyaient jadis les grains, le chanvre, les noix et la garance. (Hôtel Le Moulin). Photo Alain Chaignon

Pour centenaire qu'elle puisse paraître, cette maison d'influence urbaine de Marlenheim a été bâtie entre 1988 et 1998 avec des matériaux issus de démolitions. Membres de l'ASMA (Association de Sauvegarde de la Maison Alsacienne), ses propriétaires l'ont conçue avec le souci du détail : soubassement maçonné au pignon ajouré d'une baie à double meneau en grès, pans de bois rythmés de chaises curules (sous les fenêtres à colonnes) et de losanges (au-dessus). La façade offre une galerie à balustres tournés, couverte par une toiture aux lucarnes rampantes

Ce porche en grès rose séculaire cache deux bras motorisés qui assurent une ouverture automatique des deux vantaux à motif rayonnant et à clin.

Très soigneusement réhabilité, cet ensemble fait alterner d’anciennes demeures de maître, précédées de porches en grès rose sculpté, et une maison de journalier de modeste facture.

Bel exemple de galerie à balustres de style Louis XIV, généralisée par la lignée de charpentiers suisses Schini. Portée par des consoles et protégée par les rives débordantes de la toiture, elle dessert les deux étages logés sous comble.

Typique du pays de Hanau (XIXe siècle) mais promise à la démolition, cette maison a été déposée puis remontée dans les règles de l'art par un charpentier passionné d'architecture traditionnelle, Cédric Brenner. Pour le remplissage des entre-colombages comme pour l'isolation, les écomatériaux ont été privilégiés : torchis, enduit à la chaux, laine de chanvre, canisses de roseau, plaques de liège et voliges en bois de pays.

Le niveau d'habitation a été recomposé dans l'esprit d'un intérieur alsacien traditionnel avec la stube (pièce de vie commune pour la famille), la cuisine équipée de son poêle et les chambres. Plafond à poutres et solives moulurées, meubles peints, boiseries et alcôves aux décors polychromes, objets de la vie quotidienne (poteries en grès, moules à kougelhopf...) composent une ambiance authentique et chaleureuse. (Réalisation Cédric Brenner)

Blottie dans un écrin de vignes au pied des collines vosgiennes, Mittelbergheim a gardé son allure de cité viticole héritée des XVIIe et XVIIIe siècles avec ses domaines alignés le long d'une rue centrale.

De son statut de ville libre, membre de la Décapole (ligue de dix villes, créée au XIVe siècle), Obernai conserve un riche patrimoine : remparts, quartier médiéval, demeures et édifices Renaissance... Animée et colorée, la place du marché regroupait jadis toutes les corporations. Symbole de l'Alsace éternelle, Obernai a servi de modèle à l'illustrateur et aquarelliste Hansi (Jean-Jacques Waltz, 1873-1951 – Colmar), créateur fécond qui se fit connaître par sa première carte postale.

Cour d'un domaine viticole (Albert Seltz à Mittelbergheim) avec sa superbe galerie à balustres tournés. Appuyée contre la façade, elle dessert les pièces de l'étage à la manière d'un couloir intérieur.

L'ancienne maison dîmière de Mittelbergheim présente de singulières corniches. Formées de tablettes de pierre posées sur des consoles, elles abritent de la pluie les rangs de fenêtres.

De style gothique et Renaissance tardive, l'hôtel de ville d'Obernai (1370- 1610) présente un bel oriel encadré de piliers cannelés qui repose sur des consoles sculptées dans le grès.

    Ala croisée des Vosges et de la plaine du Rhin, cette Alsace du nord (Bas-Rhin) ne manque pas de dépayser par ses bourgs ruraux aux noms évocateurs, ses paysages de vignes, forêts, champs de houblon et longues étendues céréalières. L'habitat reflète cette diversité d'activité et de savoir-faire : grandes fermes à cour fermée du Kochersberg, maisons à galeries superposées du pays de Hanau, demeures de vigneron des collines sous-vosgiennes. Le pan de bois domine. Outre le millésime de construction, on y repère les emblèmes professionnels qui indiquent le statut et la réussite du propriétaire. On y distingue aussi, réalisés par les charpentiers, les décors symboliques censés protéger la maisonnée.

    Du Kochersberg...La vitalité du pan de bois

    Etablie entre Strasbourg, Wasselonne et Saverne, cette contrée doit son surnom de « grenier à blé » à ses terres fertiles. Dès le Moyen Age, le Kochersberg (prononcez « coque r'sbergue ») approvisionne Strasbourg. La densité des villages tournés vers leur église rappelle la richesse de ce terroir. L'habitat type est la grande ferme des XVIIIe- XIXe siècles dont les dépendances délimitent une cour, fermée par un imposant portail. Les petites exploitations reproduisent cette disposition,à échelle réduite, tandis que les maisons basses des journaliers marquent un habitat bien plus modeste à l'entrée des bourgs.

    Murs-charpente et modules porteurs
    Excepté la ferme vosgienne (maçonnée en grès), la maison est souvent bâtie en pans de bois : murs-charpente formés de poutres et traverses assemblées à mi-bois ou à tenons et mortaises chevillées. L’ossature repose alors sur un soubassement maçonné qui l'isole de l'humidité du sol. Parfois c'est tout le rez-de-chaussée qui est bâti en pierre. Dessus, prend appui une sablière basse où sont fixés les poteaux d'angle et intermédiaires qui forment l'étage et supportent la charpente. Jusqu'au XVIe siècle, ces poteaux sont d'un seul tenant, du soubassement à la toiture. Simple à mettre en oeuvre, cette technique des « bois longs » limite cependant la surface et la hauteur de la maison. A la Renaissance, l'utilisation de « bois courts » affranchit les charpentiers de ce problème dimensionnel. Désormais, les poteaux d’angle (cornier) s'interrompent à chaque niveau pour s'emboîter dans une sablière intermédiaire.

    Indépendants les uns des autres, ces modules porteurs se superposent pour former deux à trois étages. La poutraison gagne en élégance : les lignes verticales dominent, façon « colonnade » (de là, « colombages »). Les fenêtres sont plus nombreuses, plus hautes et disposées avec symétrie. Toutefois, sous l'effet des charges, leur cadre tend à se déformer. Il faut alors le trianguler en plaçant des pièces de bois en oblique (écharpes) tandis que des poteaux intermédiaires servent de support aux menuiseries des fenêtres. De cette contrainte constructive est né un riche répertoire d'éléments mêlant ornementation et symbolique. Enfin, la recherche d'espace incite les constructeurs à faire avancer les étages les uns par rapport aux autres (encorbellement). De même, les solives du plancher du comble sont-elles parfois clouées en porte-à-faux pour créer une galerie qui domine en façade.

    ...au pays de Hanau Un colombage expressif

    Borné par les Vosges et l'Alsace bossue, cet ancien comté protestant de Hanau-Lichtenberg déroule des paysages vallonnés traversés par la vallée de la Moder. Y alternent coteaux, collines aux allures de croupes allongées d'est en ouest et plaines fertiles (céréales, pommes de terre, maïs, colza, tournesol...). Bouxwiller, sa capitale conserve son tracé médiéval et de belles maisons à colombages dotées d'oriels en bois sculpté ou en grès rose. Les villages se distinguent par leurs grandes fermes à cour en U, accessibles par un portail en bois et grès sculpté. Balcons et balustrades agrémentent le corps d'habitation et participent au décor. La poutraison et l'enduit sont gravés d'inscriptions patronymiques, religieuses ou commémoratives; ou même rehaussés de peintures polychromes.

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